L’enfant qui mesurait le monde de Metin Arditi : douceur infinie autour d’un jeune autiste et d’une terre de lumière

Metin Arditi
Paru en format poche aux éditions Points
264 pages

Une nouvelle découverte dans le cadre du Prix du roman Points et quelle belle découverte. Je me souviens avoir vu L'enfant qui mesurait le monde lors de sa sortie et me dire que j'avais envie de découvrir Matin Arditi. Puis le temps est passé ... Mais voilà que l'envie est assouvie grâce aux éditions Points.


Dans la petite île grecque de Kalamaki, la crise n’épargne pas ses habitants. Maraki pêche à la palangre pour gagner sa vie et subvenir aux besoins de sa famille. Elle élève essentiellement seule son fils autiste Yannis obnubilé par ses calculs pour tenter de maîtriser le désordre du monde car le moindre chamboulement angoisse particulièrement l’enfant.  

De l’autre côté du globe, il y a Eliot, un architecte d’origine Grec. Veuf et père d’une fille qui vit désormais sur l’île de Kalamaki. Son monde s’écroule lorsqu’il apprend qu’Evridiki, sa fille, a été victime d’un accident et n’a pu s’en sortir. 
Le voyage de cet homme destiné à ramener la dépouille de sa fille en Amérique va finalement prendre une toute autre tournure. Après avoir discuté avec le pope Kosma, Eliot décide de rester sur l’île, de l’explorer, de la découvrir avec les yeux de sa fille. Evridiki qui aimait tant cette île. 
« Eliot s’était dit qu’il ne pouvait pas y avoir de lieu plus juste pour enterrer sa fille que ce coin de terre d’où l’on embrassait d’un seul regard la mer, les petites îles, et au loin, la côte du Péloponnèse. Il avait demandé à Kosmas s’il était possible qu’elle soit inhumée à cet endroit précis d’où il l’avait vue tomber, où elle serait entourée par tant de beauté […] »
Peu à peu Eliot devient le compagnon de Yannis. Il sait trouver les mots et comprend son fonctionnement. Mais le tableau s'assombrit lorsque le maire, qui n’est autre que le père de Yannis, décide d’approuver la construction d’un complexe hôtelier de luxe pour tenter de redonner un souffle économique à l’île, au détriment de l'harmonie du lieu et de l'équilibre du monde de ce jeune garçon qui se retrouve menacer.

L'enfant qui mesurait le monde est un livre parfait pour croire en la beauté du monde malgré l’effondrement économique, malgré l’indifférence parfois des autres, malgré les intérêts personnels que les hommes cherchent à défendre. 
Par le biais de courts chapitres, Metin Arditi, nous transporte sur ce lieu de pierre blanche et de toits bleus qui a connu une histoire tourmentée de par les nombreuses occupations dont a été victime le pays et qui en connait une de toute autre envergure : celle du déclin économique du pays. 
« Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes, se dit Kosmas. L’immense solitude et l’impossibilité désespérante de s’ouvrir à l’autre. »
Mais bien au délà de ces sombres réalités, l’auteur nous offre un véritable voyage dans le temps en nous faisant redécouvrir la mythologie grâce à Eliot qui chaque jour rapporte un nouveau dessin à Yannis, cet « agneau de Dieu » comme le définit Kosma, pour lui apprendre l’histoire et les légendes qui bercent son peuple. 
Yannis, un petit garçon différent, autiste (même si jamais le nom n'est prononcé) mais qui dégage une telle lumière ! Et si le charme de ce livre doit tenir en un élément clé, vous l’avez trouvé, c’est celui de ce petit garçon infiniment touchant que nous dépeint Metin Arditi durant ces deux-cent cinquante pages. Mais plus encore, c’est cette relation qu'ont les habitant avec lui et ce lien si particulier avec Eliot qui créent le ciment de ce roman. Une relation d’amitié qui s’instaure grâce à leur amour commun des nombres. 

Avec ce roman, l’auteur nous donne à réfléchir sur l'équilibre du monde, le poids et l'enseignement de l'histoire mais aussi à contempler, poétiquement, la beauté sous toute ses formes : humaine, géographique, philosophique. Et l’on ne peut s’empêcher de vibrer sous cette définition du monde. 

C’est un livre court mais d’une richesse sans égal, qui, vous fait ressentir moult émotions et procure une petite parenthèse de douceur.



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