mercredi 28 juin 2017

La baleine thébaïde de Pierre Raufast : le roman gigogne des solitudes

La baleine thébaïde de Pierre Raufast
Paru chez Alma Editeur - 222 pages

Passé maître dans l’écriture des romans gigognes, Pierre Raufast nous invite, dans ce nouvel ouvrage, à nager aux côtés de la solitude. La solitude de l’espèce, de l’Homme, de l’animal. Des solitudes qui bien évidemment s’emboîtent les unes dans les autres.


Autour d’une baleine isolée de ses congénères par sa différence de fréquence sonore : 52 hertz là où les autres chantent entre 12 et 24 hertz, nous allons faire la connaissance de trois autres solitudes. Celles qui habitent les hommes présents sur l’Hirundo (un bateau d’expédition) pour retrouver cette baleine bleue si particulière.

« Voyager, c’est aussi cela : constater que le monde est plein de mystères et que l’homme n’a pas réponse à tout. »
Richeville, le personnage phare de ce livre, est un jeune français qui vient de terminer ses études mais qui cherche encore sa voie. Peu enclin aux rencontres et de nature discrète, Richeville est persuadé de trouver en cette baleine une sœur, un double animal lorsqu’il embarque sur cette expédition en Alaska.
Sur ce bateau il rencontrera Edouardo, le capitaine de l’expédition. Ce dernier travaille pour le Dr. Álvarez, un chercheur fou et tyrannique. Il est le bon sbire de ce docteur frappadingue et même s’il a conscience de sa folie, il obéît pour un peu de reconnaissance. Prêt à tout, même au pire… Mais qui marche à ses côtés ? 
Le troisième homme présent se prénomme Dimitri, un grand Russe, as de l’informatique. Aucun programme ne lui résiste. Il s’amuse à pirater tout ce qui lui passe sous la main, au risque de créer des tragédies dans sa propre vie. Alors cette mission c’est l’occasion parfaite pour prendre le large. 

A partir de là on comprend bien que l’aventure vaudra le détour. Que l’on voguera entre imaginaire, humour et sensibilité comme c’est si bien le faire l’auteur. 
Pierre Raufast a ce don de surprendre son lecteur à travers son humour, sa plume qui mêle fantaisie, sciences et amour de la littérature. Il nous fait d'ailleurs le plaisir de nous offrir, à chaque démarrage d’une nouvelle partie du roman, un extrait de poème subtilement choisi pour mettre des mots sur ces solitudes. Un savoureux mélange d’ingrédients donc qui composent le cocktail détonant de La baleine Thébaïde
Avec une telle base, il est évident que l'on prend grand plaisir à lire les aventures rocambolesques de ces trois hommes si différents les uns des autres mais qui sont réunis par un même sentiment. On rit comme toujours avec Raufast en découvrant l’histoire du steak de stégosaure (si si je vous assure), de la société Pecho Chocolate qui mesdames sachez-le vous donnera une poitrine fantastique sans un gramme dans les fesses (j’ai presque eu envie de m’en procurer mais le final de cette invention de génie m’a bien refroidie). Ou encore en découvrant un paparazzi 2.0 qui va créer un sacré foutoir que je vous laisse découvrir par vous-même. 
« D’autres inventions sont dans les placards et attendent le moment propice. Par exemple, ce concombre qui s’épluche comme une banane. Rafraîchissant, plein de vitamines et facile à manger ! Mais le Dr Álvarez pense que les hommes, bien qu’ils aient cinquante pour cent de gènes en commun avec la banane, ne sont pas encore prêts pour de tels aliments transgéniques. Le marché sera mûr vers 2030, estime-t-il. »
Autre grand plaisir : retrouver dans La baleine thébaïde des clins d’œil à La fractale des raviolis et à La variante chilienne qui nous arrachent assurément un sourire lorsqu’on se remémore ces passages. Mais rassurez-vous si vous n’avez pas lu les deux précédents romans de l’auteur vous ne serez nullement perdus. Je n’ai moi-même pas encore lu La variante chilienne (juste repéré quelques références) et ça ne m’a aucunement gênée dans ma lecture. Il est fort ce Pierre Raufast, il est très fort pour imbriquer les histoires entre elles. 

Mais au-delà de l’humour, Pierre Raufast c’est aussi des messages profonds qu’il distille de çà et là tout au long du récit. Des messages liés à l'écologie, à l’Homme, parfois homme-mouton, à sa nature humaine et à ses vices qui une fois la dernière page refermée nous laisse à notre réflexion solitaire.
« Il a ce désir ambivalent de changer le monde tout en restant dans le rang. Un manque sournois de courage entrepreneurial combiné à une douce utopie humaniste. Quelque part, il ne croit pas en ses chances. Résigné ou désillusionné, il considère le monde comme un état de fait inerte, massif et corrompu par l’argent. N’est-ce point là le mal du siècle ? »

Pour résumer, c’est la totalité de ce roman qui est subtil. Alors plus d’excuses, foncez en librairie ! Et un conseil, éloignez les caméras, posez vos objets connectés face contre terre ;-)
Un grand merci à Alma Editeur pour cet envoi.

Veuillez m'excuser pour le peu d'originalité de la photo mais je n'ai pas de baleine dans mon jardin ^_^

Les lectures du petit mouton : "l’auteur construit une œuvre riche, originale, sincère où l’imagination n’a pas de frontières mais où le réel est cependant bel et bien présent. Pierre Raufast est un auteur qui repousse sans cesse les limites du possible [...]"

4 commentaires:

  1. Je crois que je ne partage pas l'univers de cet auteur, contrairement à de nombreux lecteurs... Je n'avais pas réussi à rentrer dans La variante...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le côté loufoque qui te gêne ?
      Pour ma part, si c'était davantage loufoque (comme par exemple L'île du Point Nemo) je pense que je ne pourrais pas rentrer dans l'univers non plus mais avec Pierre Raufast je trouve que tout s'emboîte très bien. Je n'ai pas encore lu La variante par contre j'avais lu La fractale que j'avais aimé mais que j'avais trouvé beaucoup plus tiré par les cheveux que La baleine.

      Supprimer
  2. Je connais l'auteur de nom mais je n'ai jamais lu aucune de ces oeuvres. Il faudrait que je m'y mette afin de me faire ma propre idée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il faut oui. Alors j'avais beaucoup aimé la fractale des raviolis mais je trouve que celui-ci est encore meilleur. Et La variante Chilienne ne devrait pas tarder à sortir en poche il me semble.

      Supprimer