mercredi 24 mai 2017

La sonate oubliée de Christiana Moreau : voyage à travers le temps et la musique

La sonate oubliée
Paru chez Préludes en janvier 2017
256 pages

Restons dans la musique, après le piano d’Erik Satie, partons pour les sonates de Vivaldi, avec le premier roman de Christiana Moreau.

« Au commencement du monde, le silence. Puis vient l'harmonie, source de la musique. »
Lionella est une jeune fille d’origine italienne qui vit en Belgique dans une ville en pleine mutation suite à la fermeture de la dernière usine. Elle y vit modestement avec ses parents et son frère et surtout avec Kevin son ami d’enfance. Passionnée de musique, le violoncelle est son arme suprême. Si douée que son professeur décide de l’inscrire au prestigieux concours Arpèges. 
Mais voilà Lionella ne sait quel morceau choisir, elle souhaite se différencier, ne pas proposer les classique habituels. 

C’était sans compter sur son ami Kevin, qui lors d’une brocante, va découvrir une vieille boîte comportant une vieille médaille, un carnet écrit en Italien et une mystérieuse partition.  
La jeune fille va alors se laisser embarquer dans la vie d’Ada, une jeune vénitienne, orpheline et pensionnaire de l’Ospedale della Pietà à Venise. Près de 300 ans séparent les deux jeunes filles et pourtant le destin de Lionella va se mêler à celui d’Ada qui, violoncelliste comme elle, a reçu du grand Vivaldi un enseignement musicale exemplaire. 


La sonate oubliée, véritable invitation au voyage entre Seraing (Belgique) et Venise, entre XXIe siècle et le XVIIIe siècle, nous propulse entre deux mondes si différents : celui de l’immigration italienne et celui du monde des masques carnavalesques mais aussi de la pauvreté. Malgré tout on découvrira des similitudes entre ces deux époques, similitudes à travers les doutes, la détermination, l’amour qui habitent les deux grandes héroïnes de ce roman. Leurs deux âmes reliées par cette même passion musicale est parfaitement mise en lumière par Christinia Moreau et l’on ne peut qu’être touché par cette sensibilité et cette connexion qui traversent les siècles. 

Au-delà de ce fil conducteur, l’angle historique est une pépite. On plonge dans l’écriture du XVIIIe siècle avec délectation. On s’imagine dans les ruelles de Venise, on visualise les gondoles et la frivolité du Carnaval qui depuis des décennies crée la réputation d’une ville où tous les rêves semblent accessibles. Et surtout, surtout on découvre la vie d’Antonio Vivaldi, ce compositeur unique, reconnu qu’en seconde moitié du XXe siècle alors que son œuvre fut de lui l’un des plus talentueux artistes de son époque. 
« Il y a bien une âme dans un violoncelle. L'âme, cette pièce d'épicéa placée à l'intérieur de la caisse de résonance. L'âme qui transmet les vibrations des cordes au fond de l'instrument. C'est du violoncelle qu'émane la sonorité la plus proche de la voix humaine, et le sien lui murmurait des mots secrets et doux, implorait les caresses de l'archet par des plaintes et des soupirs, avec des nuances de voix graves et rondes. »
Si en soit l’histoire de La sonate oubliée peut être considéré comme "gentillette", l’écriture de Christiana Moreau est surprenante. Elle tranche avec ce récit au double temps, et ce monde parfois considéré comme élitiste qu’est l’univers de la musique classique. Je me suis surprise, malgré la simplicité narrative, à tourner les pages encore et encore tant l’ensemble est captivant et la psychologie d’Ada et Lionella fort bien ficelée. 
Il y a une innocence dans ces pages, une innocence doublée de force. En le lisant, je n’ai pu m’empêcher de penser à la chanson d’Etienne Daho – Le plus beau jour (du reste de ta vie).

Au final, ce roman est empreint d’une authenticité touchante et saura, je le pense, ravir les lecteurs adultes mais aussi les adolescents qui trouveront dans cette aventure romanesque, historique et culturelle une affection particulière pour Lionella, Ada mais aussi Kevin.


Une lecture dans le cadre de la sélection des 68 premières fois comprenant : 

La téméraire de Marine Westphal
Nous, les passeurs de Marie Barraud
La plume de Virginie Roels
Marx et la poupée de Maryam Madjidi
Presque ensemble de Marjorie Philibert
Ne parle pas aux inconnus de Sarah Reinflet
Outre-Mère de Dominique Costermans
Marguerite de Jacky Durand
Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon
Maestro de Cécile Balavoine
Mon ciel et ma terre de Aure Atika
Principe de suspension de Vanessa Bamberger
La tresse de Laetitia Colombani

4 commentaires:

  1. Merci pour cette belle analyse.Ravie que cela vous plaise.

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    1. Merci Christiana pour votre passage sur le blog et merci pour ce joli premier roman.

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  2. Les avis sont partagés sur ce roman, mais ton billet invite vraiment à le découvrir (ce que je devrais faire prochainement puisque je l'ai réservé à la bibliothèque).

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    1. Oui effectivement ils sont mitigés. C'est ce que je disais sur IG ce n'est pas un roman qui m'a fait dire "Wahou" mais le côté historique / personnage d'Ada est très bien traité c'est d'ailleurs la partie que j'ai préféré.

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