dimanche 12 février 2017

Atelier d'écriture #253 de Bric à Book | Abîme du désamour

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)


© Julien Ribot

Nous étions venus chercher la belle vie, ici à Paris. Tu en rêvais alors un beau matin je t’ai dit « prépare tes affaires, on s’en va ». Je revois ton regard dans lequel l’interrogation se mêlait à l’excitation. J’avais tout organisé, je t’avais si souvent répété cette phrase « promis juré qu’on la vivra notre putain de belle histoire » qu’il était temps de la concrétiser.

Comme j’ai aimé te voir sautiller, les yeux ronds, grands ouverts lorsque pour la première fois tu as aperçu la Dame de Fer. Nous avons sillonné les rues pavés, qu’importait le temps, pluie, vent, blizzard, rien ne nous arrêtait, nous avions soif de découverte, soif de liberté, soif d’amour. Enivrante, tu brillais tout autant que cette ville lumière. Portés par des projets plein la tête, nous avons vécu des années de bonheur, parfois aussi des mois d’amour et d’eau fraîche, naïfs êtres. 

Mais le temps a fui et avec lui la passion. Désormais je suis cet homme assis sur le bord de la Seine, sur ce quai où nous avions l’habitude de contempler la beauté d’une ville, la beauté d’une île toujours à 100 à l’heure. J’ai le cœur qui a froid. Je me sens telle une ombre, insignifiant face à toute la grandeur de cette ville. Avec mon maigre sac à dos, avec mon amertume et pour seule compagnie ce pauvre cygne qui a certainement pitié de moi. Ne me reste que ton corps ancré dans ma chair, ta voix comme écho lointain qui je le sens, peu à peu s’efface.

Et dans l’universalité de l’abîme du désamour, je pense à ces êtres de Paris ou d’ailleurs, à toutes ces autres villes qui nous jettent leurs merveilles à la tête, dans lesquelles nombre d’hommes et de femmes laissent vagabonder leur âme, leur crachant en retour les fragments d’un cœur meurtri.  

© Amandine - L'ivresse littéraire

13 commentaires:

  1. Un texte empli de mélancolie, joliment écrit ! ça commençait bien pourtant, ça sentait l'amour, la découverte et les envies ! Suis curieuse de savoir ce qui s'est passé pour elle... Est elle partie avec un autre ou carrément vers l'Au delà ? envie d'une suite un jour ;-) Nady

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh je parle assez de l'au-delà je trouve dans mes textes, j'avais plutôt imaginer les aléas de la vie, de la vie de couple. A force de lecture, tu verras que je suis une personne très mélancolique lorsqu'il s'agit d'amour ;-)
      Il y a certains textes pour lesquels j'ai envie d'écrire une suite mais j'avoue que l'inspiration n'est pas toujours au rendez-vous. Bises

      Supprimer
  2. Je viens de lire le texte de Nath... On ne peut pas dire que l'humeur soit rose aujourd'hui .....Je trouve dans le tien à la fois la force intrinsèque des grandes villes qui casse les plus fragiles, et aussi toutes ces vies et ces chagrins, ces bonheurs aussi parfois que l'on croise dans la foule et qu'on ne connaitra jamais .....Et en même temps l'attrait qu'elles peuvent exercer ces villes lumineuses et chargées d'Histoire.....Que leur est-il arrivé à ces deux la ? ça t'appartient !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as superbement bien résumé tout cela Bénédicte. Il suffit parfois d'observer pour voir d'un côté l'amour qui illumine le visage de deux êtres et de tourner la tête pour voir la tristesse de l'avoir perdu. La vie ... ici ou ailleurs, il y aura toujours de belles histoires et des déceptions.

      Supprimer
  3. On ne voit sur cette photo que la beauté de l'image... et on se soucie rarement de l'envers du décor.

    RépondreSupprimer
  4. J'imagine bien cet homme, débordant de bonheur, apprivoisant la Ville avec son amoureuse ... Elle est tellement magique quand on est heureux !!! Et puis j'imagine ses désillusions, ... et son immense solitude.
    J'entends mon papa me dire, ahhhh Paris, ville remplie de tant de solitudes ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh oui Paris est extraodinaire quand on regarde cette ville avec les yeux de l'amour. Mais elle devient tellement immense lorsqu'on est seul(e).

      Supprimer
  5. Une histoire qui commençait pourtant bien, un joli rêve qui se finit en cauchemar… La ville, ses lumières, ses promesses parfois non tenues, ses désillusions à la hauteur de ses espoirs… L’histoire ne dit pas ce qui les perdu ces deux amoureux fous. A priori c’est la ville mais peut-être est-ce tout simplement la cruauté de la vie… Un très joli texte triste et mélancolique. Merci ! (Jos)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ou la cruauté de la vie parisienne :p
      Merci Jos

      Supprimer
  6. Nath (le boudoir de Nath)15 février 2017 à 18:03

    Mais qu'est-ce qui nous arrive donc pour que cette image nous ait inspiré solitude et souffrance ? Serait-ce que,contrairement au cygne,le désespoir ne nous glisse pas sur la peau ?
    Sous les lumières et les flonflons, derrière les rires, que de solitude, de souffrances, de désillusions et de désespoir dans ces eldorados ? J'ai juste envie de le serrer contre mon coeur, et de lui dire que l'Espoir n'est jamais perdu...qu'il faut y croire et puis tout ça... Ton texte est magnifiquement poignant et sublime de bonté et d'empathie ��

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh merci Nath, ça me va droit au cœur. Tu as parfaitement bien résumé l'état d'esprit de cette semaine je trouve. La gare pour lundi sera peut-être signe de plus de bonheur qui sait ;-)

      Supprimer
  7. Très joli texte sur la passion qui ne dure pas (toujours), à Paris ou ailleurs comme tu dis. ça m'a fait penser à LA LA LA, plein de fougue et d'entrain, de projets, et pfouttt tout s'écroule. Très beau!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Valérie. Mais c'est aussi ça la vie parfois, la passion, les rêves plein la tête, la folie de la jeunesse et puis la réalité, le temps, la vie qui frappent.

      Supprimer