jeudi 9 février 2017

Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson : amour et défection

Philippe Besson
Paru chez Julliard en janvier 2017
198 pages

Tout d’abord je tiens à remercier les éditions Robert Laffont et Julliard pour cette superbe découverte. C'est un ouvrage qu'il me tenait particulièrement à cœur de découvrir même si je connais peu les romans de Philippe Besson, il n'en reste pas moins que c'est une personne que j'aime réellement écouter parler. 


« Mon regard se promène sur les gens qui traversent le hall, les allées et venues, les arrivées et les départs, j’invente des vies à ces gens qui s’en vont, qui s’en viennent, je tâche d’imaginer d’où ils arrivent, où ils repartent, j’ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à des inconnus à peine croisés, m’intéresser à des silhouettes, c’est presque une manie, il me semble que ça a commencé dès l’enfance, oui c’était là dans le plus jeune âge, maintenant je me souviens, cela inquiétait ma mère, elle me disait : arrête avec tes mensonges, elle disait mensonges à la place d’histoires, ça m’est resté […] »

Lors d’une interview sur son dernier roman, Philippe croise un homme. Un homme qu’il croit reconnaître, qui a fait partie intégrante de sa vie lorsqu’il est était adolescent. Qui est-il ? 

Philippe est au lycée lorsqu’il rencontre Thomas Andrieu. Il le trouve beau, sauvage, et surtout inaccessible.
Mais un jour Thomas va lui proposer une rencontre, à l’abri des regards, dans un café minable. Les échanges seront brefs, est-ce de la timidité ? De la maladresse ? Sont-ils mal à l’aise ? Quand on ne sait quoi dire, il faut parfois laisser parler les corps. C’est passionnel, c’est sauvage entre eux.


Très vite on sent, et on a la confirmation, qu’ils sont aux antipodes l’un de l’autre. Thomas n’assume pas son homosexualité contrairement à Philippe. Et puis surtout, Thomas estime que Philippe et lui ne sont pas du même monde, n’ont pas le même avenir - « Parce que tu partiras et que nous resterons. » - comme une prémonition. 
Le futur écrivain découvre ainsi l’amour, le vertige qu’il entraîne et qui lui était jusque là inconnu. Il ignorait qu’on pouvait aimer si fort. Si violemment. 

Et puis un jour, Thomas partira et laissera Philippe seul avec ses questions, sa douleur, son amertume. 
Alors trente-deux ans après, Thomas serait-il réapparu ? 


Philippe Besson est-il encore à présenter ? Je ne pense pas. Néanmoins, ce livre offre une dimension nouvelle sur l’auteur puisqu’ici exit la fiction et les mensonges, Philippe Besson se met à nu en retraçant son adolescence, son homosexualité et tout ce que cela comporte : regard des autres, rumeurs qui enflent au sujet de ce jeune garçon « différent », sida. Mais ce livre est avant tout le retour sur un amour de jeunesse. Un amour qui ne l’a jamais totalement quitté. 
En toute franchise mais avec une tendre pudeur, on entre dans l’intime de sa vie, ces rencontres clandestines qui évoluent dans la société intolérante des années 80. Il nous livre ses premiers émois, ses blessures enfouies, le manque puis la perte. Et c’est véritablement bouleversant. Pour tout vous dire, le paquet de mouchoirs n’était jamais bien loin, tant Philippe Besson prend aux tripes. Sensible, poétique mais aussi bourrée d’humour, sa plume nous enveloppe d’une tendresse incroyable et d’un recul saisissant. 

En lisant cette lettre adressée au lecteur, à Thomas aussi en quelque sorte, on comprend toute l’influence que ce garçon a eu dans les romans de l’auteur. En filigrane, il était partout, dans chacun de ses livres, à travers un personnage ou une thématique. Lorsqu’il évoque les adieux, la défection, c’est à lui qu’il pense. Il lui aura fallu se poser sur le souvenir de cet amour pour en prendre conscience. 


Sans lourdeur, ni aucune émotion facile, Philippe Besson nous foudroie sur place avec ce récit qui est finalement la genèse de ses précédents romans.

Et Arrête avec tes mensonges a beau être autobiographique, il nous envoie malgré tout du romanesque jusqu’à la dernière page et tient en haleine le lecteur avec une dextérité puissante. 



Une lecture accompagnée de 

Une bouteille du Château La Baronne – Les Lanes Rouge 2014 qui offre beaucoup de caractère grâce au mélange fruits, épices et des tanins ronds. 
Côté musique on opte aussi pour un mélange des genres avec 
- Sleeping Lotus de Joep Beving
- Kiss & Thrills de Hindi Zahra 
- Georgia de Vance Joy
- Odyssey de Dream Koala
- Glassworks : Opening de Vikingur Olafsson
- Fly de Ludovico Einaudi

4 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas du tout, je te remercie de m'avoir fait découvert ce livre :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je t'en prie. J'espère qu'il te plaira tout autant qu'à moi mais visiblement il fait l'unanimité partout :)

      Supprimer
  2. Il est dans ma wishlist et ta chronique encore plus envie de le lire ! Merci !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai hâte de connaître ton avis lorsque tu l'auras lu. Jusqu'ici je n'ai pas entendu une seule mauvaise critique et pour cause, il est juste splendide parce qu'authentique.

      Supprimer