dimanche 8 janvier 2017

Atelier d'écriture #248 de Bric à Book | Între fericire și singurătate

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

©Leiloona

Cela fait désormais trois mois que j’ai pris cette décision. Tout plaquer, ce boulot usant, ce stress citadin, cette monotonie quotidienne, tes bras. Il fallait à tout prix que je quitte cette vie sous peine de perdre pieds. C’est ainsi qu’un simple bagage au bras, j’ai voyagé plusieurs jours en train pour arriver dans cette contrée à l’abri de la folie des hommes, à l’abri de toi. 

Aujourd’hui, je te dois des excuses, il me semble, ou au moins une explication. Comme une voleuse de rêve, je suis partie sans un mot ou presque, juste un « pardon » griffonné sur un minuscule bout de papier - il n’en fallait pas plus pour un simple mot – abandonné là sur ta table de chevet. Si petit, comme mon courage à t’affronter … 
Depuis l’enfance, j’ai toujours été une personne pleinement et naïvement heureuse. Je ne me posais jamais aucune question existentielle, maman me disait que c’était inutile pour être heureuse. Ma voie était tracée d’avance, papa et maman avaient pensé à tout pour moi, même à toi. Alors il faut me comprendre … Evidemment un jour un déclic aurait lieu, un petit plomb péterait tout là-haut dans ma tête. Crois-moi c’est mieux que je sois partie, quand la folie s’immisce dans les veines, même tendrement, le résultat peut être désastreux. Ce n’est pas contre toi, mon Amour, mais la liberté m’appelait. J’avais besoin de découvrir le monde, de me sentir étrangère et utile à la fois. Résonnait sans cesse dans ma tête ces quelques mots de mon roman fêtiche « A force de prolonger l'enfance, tu vas mourir sans avoir été une femme. Prends le risque de sauter dans le grand bain. L'eau est froide, je ne vais pas te dire le contraire, mais on s'y habitue et parfois, on s'y amuse beaucoup. ». Depuis ils ne me quittent plus, j’en ai fait ma devise.

Alors me voilà dans cette contrée dont je tairai le nom. Pas si loin de la France finalement, mais le dépaysement est total et jouissif. Ici, la langue est différente, je commence à peine à comprendre les habitants qui m’ont accueilli les bras grands ouverts, jamais ailleurs je n’ai connu telle hospitalité. Il fallait voir ces enfants courir autour de moi, simplement heureux d’apercevoir une voyageuse traversée leur village d’un autre temps. Les larmes au bord des yeux, j’ai dansé avec eux. Tu trouveras cela probablement ridicule, toi le cartésien, mais si tu savais comme je me suis sentie libre ! C’est à cet instant précis que j’ai su que je poserai mon bagage auprès d’eux. 
Mes journées tournent autour de ces gens formidables, la simplicité, la solidarité et l’éveil pour mots d’ordre. Ils m’apportent la sérénité, l’amour dans sa plus simple définition. Ici, j’ai trouvé mon utilité, j’aide chaque habitant, surtout les enfants. Je leur apprends la danse, le chant. Il faut voir comme ils sont beaux ! Je leur explique aussi comment c’est chez nous, ou plutôt chez toi désormais.

Depuis trois mois, je ressens cette sensation que le ciel a d’embrasser la terre, entre ces sapins centenaires. Chaque matin à six heures précises, j’ouvre ma fenêtre, l’air est encore frais et la rosée accentue l’odeur des grands pins. Je respire à grande bouffée, enroulée autour d’un plaid, un thé fumant entre les mains et je savoure l’instant. Ici rien n’est jamais pressé sur ces plaines millénaires. 
Et le soir tombant, lorsque les derniers rayons du soleil offrent au ciel une couleur orangée, je retourne à ma solitude, m’y enveloppe et m’en délecte. 

A cet instant précis, en me lisant, tu dois probablement me haïr car tu réalises que mes pieds ne frôleront plus le seuil de l’appartement que nous avions acheté ensemble.
A cet instant tu dois me trouver égoïste, et tu as raison… 
Alors je vais déchirer cette lettre pour t’éviter une peine supplémentaire et garder cette photo annotée - Între fericire și singurătate - sur ma table de chevet.





*La citation du texte est tirée du roman Les Terres Saintes d’Amanda Sthers

20 commentaires:

  1. Mais ne souffre-t-on pas moins quand on sait et qu'on comprend ?
    Bon lundi ;)

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    1. Une question qui pourrait ouvrir sur des heures de discussions. Effectivement faut-il expliquer ce qui est parfois si difficile à expliquer ? Peut-être ...

      Bonne semaine à toi Stephie et merci pour ta lecture :)

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  2. Le titre sied à merveille à ton texte, elle est en effet entre le bonheur et la solitude. Cette solitude voulue la comble et un tel bonheur rend un peu solitaire.
    Tu écris toujours aussi bien.

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    1. C'est exactement cela, elle évolue, nage entre deux eaux.

      Merci Miss. Je suis soulagée de voir que je sais encore écrire malgré cette petite semaine de séchage :p

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  3. si si, qu'elle lui envoie sa lettre pour qu'il cesse de se torturer de questions :-)

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    1. Elle a tendance à n'en faire qu'à sa tête... Peut-être finira-t-elle par prendre son courage à deux mains.

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  4. Entre bonheur et solitude : quel dilemme parfaitement décrit sous ta plume ! Au vu du parcours de ta narratrice, la solitude semble nécessaire à son bonheur… mais après cette étape indispensable à sa propre découverte, elle saura peut-être mieux utiliser sa liberté et la solitude ne sera peut-être plus le passage obligé pour son bonheur… Merci pour ce beau texte.:) Jos

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    1. Merci Jos pour ta lecture et tes compliments. Effectivement la solitude est parfois un passage nécessaire pour avancer.
      À lundi :)

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  5. J'adore. Elle a osé se lancer et faire ce à quoi elle aspirait sans doute depuis longtemps : partir dans un ailleurs, se sentir libre et utile et recevoir en échange le sourire des enfants. Peut être un enfant dans l'appartement l'aiderait à revenir... Trés beau texte.

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    1. J'ai hésité à parler d'un éventuel enfant mais plutôt dans le sens refuser de lui en donner un et pourtant s'émerveiller devant ceux qui ne sont pas les siens mais je n'arrivais pas à l'intégrer comme je le voulais.
      Merci Valérie pour ces compliments :)

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  6. Il faut parfois faire le grand plongeon dans l'inconnu pour revivre ou vivre autre chose. Bon texte
    Amicalement

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  7. Hésiter entre être cruelle et partir sans aucune explication ou écrire cette lettre et prendre le risque d 'entretenir de l'espoir chez la personne quittée ?.... C'est un vrai dilemne et je comprend qu'elle ait besoin de réfléchir ....Cela dépend beaucoup de la personnalité de cet homme, il y a des gens que le manque d'explications bloque complètement pour passer à autre chose, et d'autres qui verront dans cette lettre la preuve que tout n'est pas fini et qui vont attendre bien trop longtemps quelqu'un qui ne reviendra pas....Dans le doute je crois qu'il faut qu'elle assume son choix et n'essaie pas de le justifier ni d'obtenir l'assurance que tout va bien pour celui qui est resté !!!...Tant pis pour son léger sentiment de culpabilité !!!

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    1. Partir sans se retourner, une excellente idée.
      Ayant tendance moi-même à me poser un milliard de questions il me semblait naturel que mon personnage s'en pose tout autant haha

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  8. Partir pour vivre libre, assumer son besoin de solitude, une bien belle idée que tu as mis là en mots !!! S'il la connait bien, il ne devrait pas avoir besoin d'explication et elle peut déchirer sa lettre ! C'est peut-être elle qui a besoin de l'écrire ;-)

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    1. En fait en lisant vos commentaires je me rends compte que mon personnage fictif a beaucoup de points communs avec moi sans que je ne m'en rende forcément compte et notamment ce besoin d'écrire pour soi même, pour se libérer de certaines choses qui peuvent peser.

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  9. Ton texte est merveilleux l'Ivresse Littéraire et pose là une véritable question... Doit on forcément expliquer un départ précipité, aussi difficile que pourraient être les explications à fournir ? à mon avis oui mais en lisant le commentaire de Bénédicte, je me dis que ça peut en effet donner un mauvais espoir à l'autre qui attend... une pure merveille de lecture ! MERCI ! Nady

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    1. Oh Nady ! Je ne pensais pas que mon récit ferait cet effet. Mille mercis pour ces compliments.
      J'aime lorsque les textes amènent à réfléchir, se poser les bonnes questions :)

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  10. Un joli texte ... on sent la sérénité de ton personnage. De quel roman est extraite la citation ? :)

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    1. Merci Leiloona. La sérénité dans la solitude et l'inconnu c'est parfois essentiel.

      La citation est tirée du roman d'Amanda Sthers "Les terres saintes" un de mes romans favoris que je relis régulièrement. Si tu ne connais pas je t'invite à le découvrir :)

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