dimanche 18 décembre 2016

Atelier d'écriture #245 de Bric à Book | Au nom de quoi ?

Chaque semaine, Leiloona du blog Bric à Book organise un atelier d'écriture. Le principe : à partir d'une photo, sélectionnée une semaine à l'avance, proposer un texte au ton et genre de notre choix. De quoi éveiller notre imagination :-)

©Julien Ribot

Allongé sur l’asphalte, les yeux mi-clos, il se souvient d’un temps qui semble désormais si lointain.

Les lumières de la ville brillaient encore, Notre Dame en son centre, fière et belle, illuminait le Paris de l’amour.
Lui revient en mémoire ses errances nocturnes symbole d’un temps où la liberté était ce que l’homme avait de plus précieux. 
Les chanteurs de rues déployaient leurs guitares, clarifiaient leur voix pour envelopper, dans la douceur de la nuit, les flâneries des passants.
Il aimait s’arrêter, observer toute cette vie, ces bateaux naviguant. Cette beauté que Paris offrait au monde pour quelques heures, lui faisait prendre conscience de l’importance de jouir de chaque instant. 

Jamais il ne pensait que tout cela changerait, jamais il n’a pensé que Paris capitale de l’amour deviendrait Paris capitale du chaos. 
Jusqu’à ce jour funeste, où les sirènes ont retenti. La ville aux mille lumières a continué de briller mais cette fois sous les feux du brasier. Les passants ont déserté, les musiciens de rue ont cessé de jouer remplacés par le son bien moins dansant des tirs et des bombes. Le Paris de tous les possibles devenait peu à peu le Paris de la haine sanglante. Au nom de quoi ? - « Au nom de quoi ? », il se souvient avoir hurlé cette phrase lorsqu’il déambulait dans les rues poussiéreuses, lorsqu’il enjambait ces corps sans vie qu’il n’a pas pu sauver, pleurant sur ces victimes qu’il ne connaissait pas, ces milliers de civils tués parce qu’ils se trouvaient là, au mauvais endroit, au mauvais moment.
Chaque jour on leur disait : « Ne vous inquiétez pas, vous allez être évacués », chaque jour la même chanson, chaque jour la même désillusion. 
Paris, plus belle ville du monde était devenue Paris la paria. Livrés à eux-mêmes, ils devaient simplement tenter de ne pas se faire tuer, comme un jeu de cache-cache qui peu à peu ne trouvait plus de participants…

Ce soir dans un dernier souffle, avant que ses yeux ne se ferment définitivement il repense à ce temps où l’Homme aimait encore l’amour, où l’Homme aimait encore les Hommes. 


Demain Paris sera toujours là avec en son centre, Notre Dame, fièrement dressée. Des milliers de passants viendront la visiter. Demain Paris brillera encore de ces lumières artificielles. Demain à Paris des milliers de gens viendront flâner main dans la main et s’aimer en toute insouciance,  en toute impunité pendant qu’à plus de 3 000 kilomètres des hommes et des femmes qui s’aimaient eux aussi ont perdu la vie. « Au nom de quoi ? » je vous le hurle ...

15 commentaires:

  1. Hum, oui ...
    L'homme a-t-il déjà aimé les hommes ? Vaste et terrible question.

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    1. Peut-on encore l'espérer ? En tout cas je te rejoins ... lorsque je lis certains commentaires dans les articles de presse j'en ai la nausée.

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  2. Bel hommage que tu rends à cette autre ville...
    Je rejoins un peu Leiloona : l'homme aime-t-il l'homme ? Vraisemblablement non...

    Ton texte me fait penser à une chanson de Gold sur Beyrouth : "Ville de lumière".

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    1. "Mais tes murs de sable rose / Ont perdu leur éclat / Sous les ombres noires des soldates / Ville de lumière / Qu'ont-ils fait de toi" ...
      Je vais désormais chanter la chanson de Gold toute la journée au bureau

      En ce qui concerne les Hommes, j'aimerai qu'il y ait encore de l'amour entre eux, mais je suis comme vous, je me le demande.

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    2. Je suis la grande spécialiste pour foutre les chansons dans la tête des gens... demande à Leiloona ! :-D

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  3. Le chaos sous la lumière, nous avons vu la même chose ! et nous posons les mêmes questions ...

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    1. Effectivement Manue, nous avons vu dans ces lumières, le brasier d'un ailleurs.

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  4. Un texte poignant que je comprends parfaitement avec ce que l'on a vécu la semaine dernière devant l'impuissance de nos Grands de ce Monde !
    Figure toi que pendent quelques secondes la semaine dernière j'ai aussi imaginé le pire pour notre capitale mais je chasse vite ces mauvaises idées. Tu imagines mon étonnement en lisant ton texte qui me rappelle mes souvenirs. Bravo !

    Belles fêtes de fin d'année à toi, Nady

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    1. Merci Nady. Je pense effectivement que nous sommes conditionnés par ce trop-plein d'informations, que face à l'indifférence générale il nous faut nous poser, imaginer ce que serait Paris ... et puis penser, penser avec force à ceux qui souffrent là-bas ou ailleurs pour leur dire combien notre peine accompagne la leur.

      Passe de belles fêtes de fin d'année également, bises.

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  5. Je crois que ce thème, ces visions, ces souffrances et ces destructions ont besoin d'être martelés encore et encore pour que le maximum de gens s'emploit à faire que cet enfer s'arrête....Derrière la beauté de Paris illuminé se dessine en creux Alep la démolie, la disparue, l'ensanglantée et c'est un travail utile de le faire...
    Mais je n'ai pas de vraies réponses à la question que tu poses sinon le fait que depuis la nuit des temps la notion de territoire associée à celle de pouvoir fait des ravages ....

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    1. C'est en tentant d'imaginer l'horreur chez nous que l'on peut également tenter d'imaginer la souffrance qu'ils endurent à Alep et les accompagner au moins par la pensée.
      Effectivement, c'est à croire que la puissance, le désir de puissance même est au-dessus de tout. Je ne saisirai jamais quel est l'intérêt pourtant puisque nous finirons tous au même endroit...

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  6. Comment peut-on être à Paris, notre belle ville lumière, sans ressentir à la fois un sentiment d’amour, de culpabilité mais aussi d’impuissance face à ce qui se passe en ce moment ailleurs dans le monde et notamment à Alep ! Ton cri est juste et poignant…Pourvu qu’il soit entendu !
    Merci pour ce beau texte. Jos

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    1. Merci Jos pour ce beau commentaire qui résume si bien les choses.
      Passe de belles fêtes de fin d'année.

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  7. La proximité de la lumière et du chaos. Le sentiment d'impuissance face à l'horreur. le parallèle entre ici et là-bas. j'aime ce texte car il dit en quelques lots l'absurdité de notre monde. Merci ! Terjit

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    1. On pourrait en écrire bon nombre sur l'absurdité de notre monde et de l'Homme.
      Merci de ta visite Terjit et merci pour ton commentaire, ravie que ces quelques mots fassent écho.

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