mardi 4 octobre 2016

Dans le jardin de l’ogre de Leïla Slimani : portrait d’une mante religieuse

Dans le jardin de l'ogre
Paru chez Folio en janvier 2016
240 pages

C’est après avoir vu l’intervention de Leïla Slimani lors de son passage à La Grande Librairie que j’ai eu envie de découvrir ce premier roman de l’auteure. Et décidément, septembre fut le mois de bonnes découvertes.


En quelques mots

« Elle comprit très vite que le désir n’avait pas d’importance. Elle n’avait pas envie des hommes qu’elle approchait. Ce n’était pas à la chair qu’elle aspirait, mais à la situation. Etre prise. Observer le masque des hommes qui jouissent. Se remplir. Goûter une salive. Mimer l’orgasme épileptique, la jouissance lascive, le plaisir animal. Regarder partir un homme, ses ongles maculés de sang et de sperme. »

Adèle Robinson mène une vie bourgeoise bien tranquille avec son mari Richard et son fils Lucien mais c’est une vie trop rangée pour la femme qu’elle est. Elle n’aime pas cette vie, cette bourgeoisie, elle la vomit. Elle s’est marié et a fait un enfant pour rentrer dans le moule, dans la « normalité » (d’ailleurs elle est mauvaise dans ce rôle). Mais Adèle ce qu’elle veut et ce qu’elle aime c’est être libre, libre de faire ce que bon lui semble, libre de s’adonner aux plaisirs intimes avec qui lui fera envie. Alors Adèle s’octroie cette liberté.



Mon avis


Dans Le jardin de l’ogre est un roman qui met le doigt sur cette addiction au sexe, au sexe mais pas à l’amour. Sans jugement ni reproche, Leïla Slimani décortique le mal-être de cette femme qui ne peut contrôler ses pulsions. Et tout comme l’auteure, je n’ai pas eu envie de juger Adèle. J’ai par contre éprouvé de la compassion car l’addiction au sexe n’est clairement pas toujours une partie de plaisir (vous noterez cette phrase très bien placée) et on comprend au fil du récit qu’il y a des blessures plus profondes qui habitent cette héroïne et en font une femme tout en nuance

« Les hommes l’ont tirée de l’enfance. Ils l’ont extirpée de cet âge boueux et elle a troqué la passivité enfantine contre la lascivité des geishas. »

Mesdames, Messieurs, ne vous attendez pas à un roman chargé d’érotisme, il n’en est rien. C’est un roman habité d’une violence sexuelle. C’est dur, c’est cru, c’est dérangeant. J’ai souvent eu la sensation de lire des lignes que je ne devais pas lire, de m’immiscer dans l’intimité d’une inconnue. Mais j’étais pourtant incapable de détourner le regard, comme une curiosité malsaine incontrôlable. Et que dire de ce pauvre Richard pour qui Adèle « était sa névrose, sa folie, son rêve idéal. Son autre vie. ». Comment réagirait-il s’il venait à apprendre le jeu malsain auquel s’adonne Adèle ? Loin des contes de fées, Leïla Slimani sait comment retourner la situation, entretenir le mystère et le malaise. Son écriture est concise pour ajouter au choc de cette baise maladive.

Par cet ouvrage captivant, Leïla Slimani m’a convaincue tant par sa plume tranchée que par sa thématique audacieuse. Un ouvrage que je recommande pour celles et ceux qui n’ont pas froid aux yeux.


Ce que dit l'éditeur

« Une semaine qu'elle tient. Une semaine qu'elle n'a pas cédé. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n'a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s'est introduit en elle comme un souffle d'air chaud. Adèle ne peut plus penser qu'à ça. » 

Adèle semble heureuse avec Richard, le médecin qu'elle a épousé. Pourtant, elle ne peut s'empêcher de collectionner les conquêtes. Dans le jardin de l'ogre est l'histoire d'un corps esclave de ses pulsions que rien ne rassasie. Un roman féroce et viscéral sur l'addiction sexuelle et ses implacables conséquences.

4 commentaires:

  1. Les thèmes développés par cet écrivain ne m'attirent pas plus que ça. Mais j'avoue que je finis par être très curieuse de le découvrir.

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    1. Je peux comprendre les thématiques sont très particulières. J'hésite à lire "Chanson douce" tant la thématique me fait peur.

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    2. J'ai beaucoup aimé Chanson douce, mais il vaut mieux éviter si tu es une jeune maman qui fait garder ses enfants... Je ne connais pas celui-ci, le thème est assez étrange, mais je pense que c'est une auteure à suivre de près.

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    3. Oui thème étrange et en même temps audacieux, ce n'est pas du déjà vu et rien que pour ça c'est plaisant. Je n'ai pas d'enfants mais bizarrement la thématique de "Chanson douce" me dérange beaucoup. A voir peut-être oserai-je me lancer dans sa lecture d'ici quelques temps

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