mardi 13 septembre 2016

Mes illusions donnent sur la cour de Sacha Sperling : voyage au cœur de la décadence

Sacha Sperling
Lu aux éditions Le livre de poche - Paru en août 2011
224 pages

Encore un coup de cœur durant mes vacances farniente même si je n’avais pas de doute en ouvrant ce roman de Sacha Sperling. Je ne vous fais pas attendre plus longtemps et vous dévoile tout de suite le pourquoi de ce coup de cœur.



En quelques mots

« Devenir adulte, c'est admettre que la fuite est impossible, que les histoires sont courtes, sans importance mais qu'elles laissent des traces, pour des raisons qui nous échappent. Devenir adulte, c'est admettre qu'il n'existe pas d'ailleurs. Devenir adulte, c’est admettre qu’on va mourir non ? »

Sacha, quatorze ans, est issu d’une bonne famille. C’est un jeune adolescent paumé comme beaucoup de gamins à son âge. 
Un jour, dans un train, il va rencontrer Augustin, un ado du même âge mais un peu moins fréquentable. Ce dernier va devenir indispensable à la vie de Sacha et le faire tomber dans tous les vices : drogue, alcool et sexe. Tout est bon pour oublier cette vie.
Mais comment réagit-on lorsqu’à quatorze ans il faut affronter la réalité de plein fouet ? Comment réagit-on quand on prend conscience que cette personne qui nous tient à cœur n’est autre que la personne qui nous brise également ?

Mon avis


Ah l’adolescence ! Cette période si compliquée où l’on se cherche, où l’on teste, où la colère prend le pas sur cette construction de soi. Sacha Sperling la décrit avec cette prose sensible et crue qu’on lui connaît. Un phrasé court, lancinant comme pour mieux s’approprier les sentiments de cet adolescent fracassé par la vie, par une mère à moitié dépressive et un père absent.

Alors à quatorze ans, on essaye la weed, et puis la coke, et puis le sexe sous l’effet de l’alcool ou de la drogue, comme ça sans raison … si ce n’est oublier ce monde qui nous entoure, qui nous fait chier, qu’on ne comprend juste pas en réalité. Et ça, l’auteur le retranscrit parfaitement, on ressent le mal-être qui habite Sacha en permanence. Grandir, tester, sombrer dans le vice. Oui, mais l’enfance n’est jamais loin. Amer paradoxe que l’auteur met en avant lorsque les personnages de ce récit jouent dans la nuit à une fausse guerre après avoir fumé des joints … On sent que ces adolescents sont encore habités par l’innocence de l’enfance, qu’ils se battent pour se faire une place dans le monde pré-adulte et en même temps on les découvre projetés dans le monde des grands sans savoir ce qu’ils font, sans savoir comment cet inconnu fonctionne. Mais n’est-ce pas cela l’adolescence – ou l’adolescence dans le milieu bourgeois – se situer au croisement de la vie et ne pas savoir quelle direction emprunter ? Et à quatorze ans, on se cherche, est-on hétérosexuel, bisexuel ou homosexuel ? Peut-on se prendre pour un adulte ? Quelle est notre place dans cette société ? Ce sont tous ces questionnements que l’auteur met en lumière dans ce roman à la fois doux et violent. 

« Il faut dire que j’ai, dans le cerveau, dans le corps, peut-être même dans le cœur, une bombe à retardement. Vous commencez à entendre les tic et les tac, ils vous oppressent. Dans quelques secondes ou dans quelques jours, je vais exploser, et vous regarderez ce qui restera de moi, des débris, se répandre sur l’asphalte, sur le sable ou sur votre plancher. Nous sommes des millions à avoir une bombe à retardement en nous. »

Je ne vous cache pas avoir été quelque peu "choquée" par l’âge et les expériences faites par les protagonistes mais après tout lorsque l’on jette un œil sur notre génération, sur la mienne en tout cas, je trouve que l’auteur n’est pas si loin de la vérité
Quoi qu’il en soit, c’est sans tabous que Sacha Sperling livre au lecteur la décadence qui habite ses personnages. Au-delà de ces questionnements adolescents, j’ai trouvé la critique de cette société si pertinente : le rôle des images (films pornographiques), l’influence des gens qui nous entourent, l'inconscience et le je-m’en-foutisme ambiants … Son analyse et son regard sont d’une maturité déconcertante lorsque l’on sait que l’auteur, actuellement âgé de vingt-six ans, a écrit Mes illusions donnent sur la cour à seulement dix-neuf ans. 

Ce récit a été une véritable claque, il remue tant de choses en nous et nous oblige à nous questionner sur nous-même ou le rôle que l’on jouera dans l’apprentissage de nos enfants. Sans parler de la plume, qui j’en ai conscience peut ne pas plaire à tout le monde mais qui pour ma part, après deux lectures de l’auteur, m’a littéralement conquise.

« Comme moi, vous avez un jour regardé le ciel, à l'aube du crépuscule, en vous demandant pourquoi les étoiles n'arrivaient pas.
Comme moi, vous avez compris que votre vie allait commencer sans que vous n'y puissiez rien.
Parce que comme moi, vous avez eu quatorze ans. »

Une lecture accompagnée de 

Un verre de cette boisson que vous affectionnez tant, qu’elle soit forte ou non, qu'elle soit douce ou amère.  Et en écoutant les différentes musiques ou groupes évoqués tout au long de ce roman car la playlist est juste géniale :
Cat Stevens – Father and son
Cat Stevens – Wild World
Blur – Song 2
Gainsbourg – Mon légionnaire
The Cure – Play for today
Massive Attack – Teardrop
Ryan Adams – When the stars go blue
Led Zepplin – Stairway to heaven
David Bowie – Rock’n roll suicide
Björk – Hunter

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