vendredi 9 septembre 2016

Comment tu parles de ton père de Joann Sfar : un hommage vibrant et pudique d'un fils à son père

Joann Sfar
Paru le 18 août chez Albin Michel
160 pages

Joann Sfar, essentiellement connu en tant que dessinateur pour sa très célèbre BD Le chat du Rabbin et pour ses réalisations cinématographiques notamment Gainsbourg, vie héroïque nous offre ici un superbe hommage à son père André Sfar.
Un récit autobiographique à découvrir parmi les trésors de cette rentrée littéraire.


En quelques mots

« Il ne me reste plus de larmes pour mon papa ? Tu parles, ça fait un mois que je n’arrête pas. Est-ce qu’il y a une limite de contenance à nos réservoirs de pleurs ? Je viens de passer une année entière, par la faute de ma séparation, de ma nouvelle vie, et plus récemment de la mort de papa, une année à ne pas dormir et à pleurer. »

Dans ce livre à cœur ouvert, Joann Sfar se confie sur sa vie et plus particulièrement sur la mort de son papa, un juif pratiquant et un brillant avocat. Mais ce n’est pas là la seule qualité d’André Sfar. Son fils le décrit comme un tombeur de ces dames qui a « baisé toute la côte d’azur » (à la bonne heure !), un homme bourré d’humour et bagarreur. 

Si l’hommage à André Sfar est le centre de ce récit, l'auteur aborde également d’autres points de sa vie tels que la perte de sa maman « partie en voyage » à l’âge de trois ans et demi, son grand-père Arthur arrivé de Pologne dans les années 30, son ex-femme … 
Comment tu parles de ton père est un témoignage de vie très personnel qui ne peut laisser personne indifférent.


Mon avis

Très bonne même !

Si j’ai trouvé les premières pages de ce récit quelques peu désordonnées, cette sensation s’est bien vite estompée en poursuivant ma lecture. J’ai compris que l’auteur avait certainement lui-même la vue et le cœur brouillés par tous ses souvenirs et par la blessure non cicatrisée de la perte de son père.

A travers ce « kaddish » Joann Sfar se confesse avec pudeur et humour au lecteur. On oscille entre souvenirs larmoyants et anecdotes cocasses, entre rire et mélancolie, ce qui est parfois déstabilisant. Tantôt les larmes nous montent aux yeux lorsqu’il crie son amour à son père défunt et tantôt un rictus se dessine sur nos lèvres à la lecture d’un souvenir désopilant. Comme-ci l’auteur avait souhaité garder la tête hors de l’eau et ne pas sombrer dans le mélodramatique

« Lorsque j’étais petit enfant, je demandais à mon père de me faire des dessins. Il refusait. Il prétendait ne pas savoir. Alors j’insistais et il finissait par gribouiller un chat ou une souris tellement loupés que j’étais certain qu’il se foutait de ma gueule. »

« Je dois beaucoup à mon père mais le plus grand cadeau qu’il m’a fait a consisté à ne pas savoir dessiner. Merci, papa, d’avoir laissé un espace vierge, dans lequel aujourd’hui encore je m’efforce de grandir. »

Ce livre hommage a été écrit en deux temps avec entre les deux un an d’intervalle. Fallait-il cela à Joann Sfar pour oser accepter le décès de son père ? C’est en tout cas ce que j’ai ressenti et cela n’enlève rien à la force de ce récit.

Ce qui est certain c’est que Comment tu parles de ton père est une véritable cascade d’émotions. Le livre, ou plutôt le carnet intime entre les mains, on avance sur la pointe des pieds et malgré le peu de pages on prend son temps pour apprécier toute la force de ce récit rempli de douceur, d'humour, d'amour et de franc parler.  


Pour aller plus loin

Joann Sfar présente Comment tu parles de ton père


6 commentaires:

  1. Oui, effectivement une sincérité qui ne peut que toucher.

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    1. Je pense effectivement qu'il ne peut laisser personne indifférent que l'on ait connu la perte d'un être cher ou non. Il est tout simplement débordant d'amour et rien qu'en cela il est sincère :)

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  2. j'ai l'intention de le lire mais mes intentions luttent contre ce fichu temps qui passe trop vite aussi !!!

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    1. Haha comme je comprends ! Quand je vois ma wishlist qui s'allonge de plus en plus à mesure que le temps passe et ma vitesse de lecture je me dis que c'est impossible ;)

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  3. Lu d'une traite. Une belle lecture que j'ai apprécié comme tu le sais :)
    Un sentiment d'apaisement très agréable à la fin de la lecture. Un livre qui fait du bien.

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