[Rentrée littéraire] Les visages pâles de Solange Bied-Charreton

Parution le 24 août 2016 aux éditions Stock
Lu via NetGalley

Je vous livre enfin mon avis sur ce roman de la rentrée littéraire dont le titre et la quatrième de couverture ne me laissaient pas indifférente. Une plongée directe dans le monde de la petite bourgeoisie qui n’est pas si rose qu’il n’y paraît.



« Ils étaient, visages pâles, les ombres de ceux qui les avaient précédés. Ils étaient habités, projetés sur le mur, des corps en distorsion, des animaux étranges qu’on forme avec les mains, des mutants au long bec, aux cris menaçants, plaintifs. Animaux archaïques et fragiles, disparus. Satyres dont le tragique procède de l’inconsistance, masques des bons jours et des plus mauvais, entités d’un système qui plaçait et replaçait des pions interchangeables, maîtres chanteurs de leur banalité et spectateurs d’eux-mêmes, ils n’auraient jamais d’autre pouvoir que celui de parodier. »


Tout démarre lorsque Raoul Estienne, un puissant industriel fondateur de la brosserie Estienne décède. Jean-Michel, son fils, retourne dans la maison familiale de la Banéra. Une demeure dont il hérite mais qu’il ne supporte plus tant les souvenirs douloureux y sont présents, il pense donc à la vendre. Mais ses trois enfants, Hortense, Lucile et Alexandre ne l’entendent pas de cette oreille. Hors de question que leur père, cet égoïste, vende la maison de leur enfance.

Trois enfants brillants, qui ont tout pour réussir. Mais lorsque l’on creuse un peu, on s’aperçoit que naître avec une cuillère d’argent dans la bouche ne fait toujours pas le bonheur.
Ainsi, au cours de ce roman on oscille entre la vie actuelle et les souvenirs de ces personnages.
Hortense, l’aînée, est devenue une businesswoman qui a créé une société florissante. Mariée à un homme d’affaire, et mère de deux enfants, le bonheur est ainsi à portée de main. Mais après quinze années de vie commune, l’amour est-il toujours au rendez-vous ?
Lucile, la seconde fille de Jean-Michel, rêvait d’entrer aux beaux-arts et de devenir une peintre reconnue. Un talent qu’elle a abandonné pour poursuivre une voie plus classique et raisonnable. Elle mène ainsi une existence tranquille et solitaire jusqu’à sa rencontre avec un certain Charles.
Alexandre, le cadet, quant à lui refuse la modernité du monde et s’engage corps et âme dans la manif pour tous accompagné de sa mère.

« Le père et le fils, ensemble, n'évoquaient pas le sujet. D'ailleurs, ils ne s'entretenaient plus que de sujets futiles, ils étaient devenus muets pour ce qui compte. »

Au fil des pages, le narrateur distille toutes ces blessures, ces absences qui ont créé un fossé entre les membres de cette famille. Les obstacles, les non-dits et leurs propres décisions les font vaciller tour à tour. Comme-ci la perte du patriarche avait provoqué l’effondrement de leurs vies.
Mais malgré ce fossé, ces douleurs générées par les uns et les autres, chacun d’entre eux s’accroche à cette famille. Car celle-ci n’est-elle pas le ciment de l’existence ?

La thématique du poids de l’héritage prend une grande place dans ce récit de vie : les personnages sont tiraillés entre suivre une voie toute tracée ou se rebeller.
Au-delà de ce poids, Solange Bied-Charreton nous livre toutes les difficultés de la vie à travers : la perte d’un être cher, l’abandon, les désillusions, les traces du temps qui passe. Et face à toutes ses épreuves, la bourgeoisie n’existe pas. Chacun est relégué à la même enseigne, la vie n’épargne personne.

« Elle pensait le rendre heureux, qu'il la rendait heureuse, elle se faisait cette conception borgne du bonheur. Elle croyait fermement qu'ils formaient un couple, mais que s'en rendre tout à fait compte reviendrait à se perdre. »

Le lecteur est tout de suite happé par les états d’âme de cette famille bourgeoise.
Mais malgré la force de ce récit, je n’ai pas réussi à ressentir la moindre empathie pour ces personnages trop surfaits, trop attentistes, trop pourris-gâtés à mon goût. En somme, je ne retiendrai de ce roman de vie Les visages pâles que l’écriture à la fois délicate et affirmée de Solange Bied-Charreton.


Une lecture accompagnée de …

Je vous invite à découvrir cette lecture avec un grand mug de café corsé et un fond sonore classique tel que :
Lamentation de Yiruma
Prelude No. 4 in E minor de Bach
Air de Bach
Toccata and fugue in D minor de Bach


Ce que dit l'éditeur

Quand Raoul Estienne s’éteint au soir d’une vie d’industriel, ses trois petits-enfants prennent la route. Ils enterrent un vieil homme, ils enterrent leur enfance. La demeure familiale est trop grande, trop vide, trop muette pour leur père Jean-Michel qui voudrait bien s’en débarrasser. Ce serait pour eux un ultime coup dans une plaie que la société française acidifie chaque jour davantage. 
Nous sommes en janvier 2013, Hortense, la trentaine décidée, a fondé une start-up, Clean and co, qui cartonne. Sa soeur Lucile traîne ses talents de graphiste solitaire dans l’une des tours postmodernes de La Défense. Alexandre, lui, est poussé dans le mouvement de La Manif pour Tous.Lorsque les agitations dégénèrent, lorsque Lucile tombe amoureuse de Charles, lorsque enfin le désordre s’empare de l’existence d’Hortense, tout bascule. 
Un grand roman contemporain, une satire sociale où résonnent humour, tragédie et émotion.

Commentaires

  1. Non mais elle est très bien ta chronique !!

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  2. Le bémol que tu énonces en fin de chronique me fait largement hésiter...

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    1. Très sincèrement il est agréable mais ne le mets pas en haut de ta liste je pense qu'il y a de bien meilleures découvertes à faire sur cette rentrée littéraire

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  3. Ouf, un roman de moins sur ma liste ! :D

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    1. Haha oui je pense qu'effectivement ce n'est pas la meilleure découverte de cette rentrée littéraire pour les éditions Stock

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