vendredi 1 juillet 2016

Moro-sphinx de Julie Estève : voyage au cœur d’une détresse viscérale

Moro-sphinx Julie Estève
Format E-Book - 184 pages

Je suis une lectrice entièrement conquise par les romans Stock, je suis rarement déçue par mes lectures non que dis-je, je n’ai jamais été déçue par les romans de leur collection "La bleue" et il en est de même avec Moro-Sphinx.


En quelques mots

« Elle est comme ces papillons qui s'accouplent dans le noir et que l'on retrouve tournant, fous, autour de lumières artificielles. »

Lola est une trentenaire, qui à première vue croque la vie à pleine dents et surtout croque les hommes à pleine bouche.
Chasseuse hors pair, chaque jour elle choisit sa proie finement. Mais Lola ne porte aucun intérêt à ses hommes d’un soir, d’une heure : qu’ils soient beaux, intelligents ou pouilleux tout y passe, rien n’est trop bon pour la jouissance.
Son but : récupérer un bout d’ongle de cette proie pour étoffer sa collection et ainsi se sentir puissante.
Mais pourquoi Lola est-elle si dérangée ?




Mon avis


Ai-je le droit de commencer par une onomatopée ? Allez je me l’octroie : Wahou ! Quelle claque ! Je m’attendais à quelque chose de tranchant, de cru mais ces mots-là sont faibles en comparaison avec ce que j’ai réellement ressenti durant cette lecture.

Tout au long de ma lecture j’ai été transportée par des émotions contradictoires envers l’héroïne, je l’ai critiqué et j’ai malgré tout eu de la compassion pour elle. Car malgré l’horreur que Lola fait subir à ses "victimes", elle est une femme en proie à un chagrin d’amour et même deux. Et pour garder la face et se convaincre que rien ne l’atteint, ni l’absence, ni la peine, elle s’envoie en l’air sans considération aucune pour ses hommes tous fous d’elle.

« Elle renifle les parfums des corps qui rapinent l'air et elle regarde les couples s'aimer. On dirait qu'ils le font exprès de s'aimer dehors, de montrer au monde comme ils s'aiment. Elle les condamne à mort dans des phrases qu'elle murmure -Crève ! Toi et toi : tu crèves-. Alors elle vise les yeux des hommes en jouant de ses hanches et de son cul comme le pendule d'une horloge. Ils matent, toujours, sa bouche, ses seins, ses jambes, tout ce qu'ils peuvent glaner pour la baiser quelques secondes avant de s'éloigner et de glisser à l'oreille de celle à leur bras un mot doux, n'importe quoi. »

Lola l’accro au sexe, haineuse des hommes... jusqu’à sa rencontre avec Dove. Cet homme est dangereux, sentimentalement parlant. Il lui fait perdre le peu de repères qu’elle a, l'a fait vaciller dans les sentiments du passé, la rend accro à l’amour, à lui, à sa peau, son odeur, son sexe. La menthe religieuse devient alors simple sauterelle, le moro-sphinx simple papillon. Mais Lola est-elle faite pour la passion ? Pas si sûr …

« Ton silence est sa lente noyade »

Les premières pages du roman nous promettent une suite haletante, nous sommes tout de suite mis dans le bain de cette personnalité si dérangée, de sa folie sans demi-mesure.
L’écriture de Julie Estève est déroutante, enivrante. Composé de phrases courtes et rythmées, il m’a été impossible de lâcher les pages de ce roman avant de l’avoir terminé. On est à la fois terrifié par la violence qui habite l’héroïne et on a à la fois envie de la prendre dans nos bras, lui dire que tout ira bien, que tout s’arrangera.
Rarement un roman ne m’aura autant fait hésiter sur le compte du personnage principal. 

Un livre court, 184 pages, mais empreint d’une grande puissance. L'auteure a-t-elle voulu mettre en exergue cette société aseptisée d'amour ? Il faudrait le lui demander.
En tout cas, je tire mon chapeau à Julie Estève pour cet exercice si brillamment réussi. Un premier roman qui nous donne à croire que la suite sera prometteuse.

2 commentaires:

  1. Si l'histoire en tant que telle ne m'a pas transportée, le style de l'auteur m'a enchantée ! Quel souffle ! Viscéral. Une auteure qui va compter je pense.

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    1. Je peux comprendre ton point de vue par rapport à l'histoire. J'ai cependant trouvé que ça correspondait parfaitement à une certaine génération (sans pousser jusqu'à l'arrachage des ongles et plus bien sûr) mais j'y ai retrouvé ce choix de non engagement, de refus d'attache, cette simple envie de jouissance.

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