mercredi 6 avril 2016

Histoire de petite fille - Sacha Sperling

Un auteur inconnu pour moi, un livre qui m’a attiré à la seconde où je l’ai vu. Ne vous fiez pas à la couverture, lisez plus la quatrième qui personnellement ne m’a donné envie que d’une chose : plonger dans sa lecture et découvrir la plume de Sacha Sperling.


4ème de couverture
Je suis nue, dos au mur.
Je ne vois rien. La lumière est tellement forte. On dirait un projecteur braqué sur une prisonnière qui s’évade.
J'entends la voix du réalisateur qui résonne dans le studio. Je dois lui obéir.
« Tu peux te mettre de profil, s’il te plaît. Voilà, c’est bien. Tourne la tête vers moi. Maintenant l’autre côté… On fait toujours ça devant un mur blanc pour que ce soit le plus neutre possible. Il faut qu’on te voie bien. Dans les moindres détails. Lève la tête. Baisse le menton. Maintenant, tourne-toi. Oui, comme ça. Il faut qu’on entende ta voix. Regarde-moi et présente-toi.
Ton nom, ton âge... »

Sacha Sperling a vingt-cinq ans. Histoire de petite fille est son quatrième roman.



Gros gros coup de cœur pour ce roman que j’ai dévoré en quelques heures ! Sacha Sperling serait-il un petit prodige de la littérature ultra-contemporaine ? Belle gueule (en référence à un article publié sur ces nouveaux écrivains de plus en plus beaux) oui mais pas que, belle plume assurément ! 


L’auteur nous emmène en Californie, à San Diego plus précisément, où vit Mona une jeune adolescente de quinze ans, impertinente, troublante mais surtout déterminée. Mona connaît un parcours plutôt chaotique : son père, quel père ? Tout ce qu’elle voit ce sont des hommes qui passent dans la vie de sa mère qui bavent sur la plastique de sa fille. A tel point que sa vision de l’homme est déformée. Sa mère ? Elle trime chaque jour au boulot et se préoccupe peu de Mona. L’école ? Elle y va quand ça lui chante. Son physique ? Une jolie brune bien proportionnée et Mona a bien conscience que ce corps sera pour elle son atout pour sortir de cette misérable vie.

« Ses mains énormes autour de ma taille. J’avais le sentiment qu’elles s’étaient totalement refermées sur moi. Papillon entre les doigts d’un enfant, habile et cruel. »

Un beau jour (ou plutôt un soir), après s’être arrangée pour que sa mère la mette à la porte, elle décide de s’enfuir à Los Angeles la ville de tous les possibles, California Dreamin’ comme le chantait The Mamas and the Papas. Mona usurpe une identité et devient Kim : une jolie blonde peroxydée aux yeux bleus comme l’eau de la piscine.
C’est sous cette fausse identité qu’elle se présente à Ruben, patron dans l’industrie du porno. Mona-Kim veut travailler et le porno c’est sa destinée. Kim devient alors Holly et à partir de là c’est la jouissance ! Un trop plein de fric qui sort par tous les orifices car Holly ose tout et ne dit jamais non !  Mais Mona-Kim-Holly a un plan bien ficelé… Jusqu’au jour où son vieil amant Joe la retrouve … S’enchaîne un jeu de manipulations prévisible certes mais tellement réussi.

« Peu importe qui s’endort à côté de moi, je finis toujours par rêver seule. »

« Je suis une machine à fric, la caisse automatique en bas du ventre. »

Histoire de petite fille est un roman organisé, la plupart du temps, en monologues selon le point de vue des différents personnages mais toujours avec la même tonalité. Mais je vous assure, monologue n’est pas synonyme d’ennui car l’auteur frappe là où il faut en produisant un récit toujours en mouvement.

A sa lecture, j’ai parfois eu l’impression de retrouver des similitudes avec le film Requiem for a dream car Sacha Sperling nous offre un ouvrage violent, cru, qui nous prend aux tripes, qui nous donne parfois envie de vomir à la place de Mona mais tellement poétique ! Non je ne suis pas folle, l’auteur réussit avec brio à incorporer un style poétique à ce récit si tapageur.

Il prend le pari audacieux d’emporter ses lecteurs dans l’industrie de la pornographie, du sexe et de la drogue, le tout sans mâcher ses mots, sans tabou ni détour et ça fonctionne. A l’exact opposé du « feel-good », il nous dresse la satire d’une société qui dégueule d’excès où tous les vices sont réunis pour déchanter et où la perversion n’est pas que dans le sexe.
Le rêve américain mis à mal par un talentueux écrivain de 25 ans à la plume débridée. 

« Mona comme un puzzle. Des pièces partout. Et j’ai voulu comprendre. D’où elle venait, mais surtout où est-ce qu’elle avait décidé d’aller. Mona comme une balle de revolver, quelque part entre le canon et le point d’impact. »

Une lecture accompagnée d’une playlist qui envoie :
Sans hésitation Californication des Red Hot Chili Pepers
Sex on Fire de Kings of Leon
California Waiting de Kings of Leon
Make the money de Macklemore 

Avec cela vous pouvez vous servir un café très noir ou un rhum !

© Amandine

6 commentaires:

  1. Hum, je ne sais pas, je ne suis pas sûre d'aimer ce genre de livre.
    Je lui laisserai peut-être sa chance un jour, à voir !

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    1. Je pense effectivement que l'histoire ne peut pas plaire à tout le monde c'est une thématique délicate. Néanmoins l'écriture de Sacha Sperling a vraiment quelque chose de particulier qui mérite qu'on s'y attarde

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  2. Pour le coup, j'ai très envie de le découvrir au vu de ta chronique ! C'est effectivement le genre d'histoire qui petit ne pas faire l'unanimité, mais tu as vraiment titillé ma curiosité.

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    1. Si tu te laisses tenter n'hésites pas à me dire ce que tu en as pensé :-)

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  3. Voilà un billet très tentateur! Je note. Je suis intriguée par le sujet et la façon dont il est représenté.

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    1. Oh :-) je suis ravie de voir que ma chronique suscite l'intérêt.
      Hâte de découvrir ton avis si jamais tu le lis :-)

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