lundi 15 février 2016

Celle que vous croyez - Camille Laurens

Paru aux éditions Gallimard en
janvier 2016 - 186 pages

C’était l’un des livres les plus attendus de cette rentrée littéraire d’hiver. Une auteure talentueuse, une thématique originale, je ne vous apprends rien. Camille Laurens nous embarque dans Les liaisons dangereuses 2.0, un roman qui m’a tout de suite attirée comme pour beaucoup.


En quelques mots 
Claire, quarante-huit ans, divorcée et professeur va se créer un faux profil Facebook pour suivre discrètement son amant Jo, un homme à l’attitude volage. C’est ainsi qu’elle va devenir Claire Antunès une belle brune de 24 ans qui va ensorceler Chris, un ami proche de Jo. Démarre alors les liaisons dangereuses où le réel se mêle à la fiction et où rien ne va se passer comme prévu tant pour la narratrice que pour le lecteur …






Il s’agit de mon premier roman de Camille Laurens que je ne connaissais pas avant cela (je ne peux pas être parfaite :p) et wahou quelle lecture ! Je suis ressortie de ce livre complètement déstabilisée car il m’a emmené là où je ne m’attendais pas aller. La 4ème de couverture indique « un roman vertigineux », et c’est loin d’être du marketing ! Ce roman est réellement vertigineux !

Loin d’être léger, ce roman aborde les difficultés d’être une femme proche de la cinquantaine et que l’homme n’attire plus. Comment vivre, survivre sans désir, en étant transparente aux yeux de ces mâles qui cherchent fraîcheur et jeunesse ?

Nous démarrons l’aventure avec la Claire de quarante-huit ans qui explique son imposture aux lecteurs oui mais surtout au psy car Claire est interné en hôpital psychiatrique. Alors là on se dit, quoiii ? mais pourquoi ? Comment ? Qu’est ce qui s’est passé ? Et on plonge dans cette histoire à la fois touchante et malsaine. Touchante car Claire a envie d’exister aux yeux de Jo et peu à peu aux yeux de Chris et pour cela elle est prête à tout … Fausse identité, vie parallèle, téléphone pré-payé, elle ira jusqu’à l’attendre sur le quai dans la gare. A l’attendre ou plutôt à l’admirer de loin car il ne sait absolument pas que Claire n’est pas Claire Antunès et qu’elle a quarante-huit ans, vous me suivez ?
Et puis au fil des pages, Claire confie que l’imposture est trop lourde à porter, qu’il faut y mettre fin … Oui mais non, elle aime avoir vingt ans de moins, elle aime Chris … Mais l’amour n’est-il pas au-dessus de tout cela ? 

Lorsqu’on pense comprendre peu à peu l’héroïne (du moins celle qu’on croit être l’héroïne du roman …) : rebondissement ! 2ème partie ! Cette fois c’est le psy de Claire, Marc, qui va s’exprimer ou plutôt s’expliquer auprès du corps médical sur son comportement défiant les codes de la déontologie. Flou total … comprends plus ce qui se passe, où Camille Laurens veut en venir … Alors forcément, je veux savoir, je veux comprendre, je m’enferme dans la chambre, je continue ma lecture et quand je pense enfin avoir capté … Clac ! 3ème partie ! Confidences à son éditeur … sur la vérité mais quelle vérité ? On se demande, on est manipulé avec brio ! Et des personnages nouveaux viennent s’ajouter, une Camille, une Katia (abordé dans la 1ère partie mais qui n’est pas celle que l’on croyez), toutes nos certitudes volent en éclats … J’ai eu l’impression de devenir folle, de perdre pieds … Et l'épilogue est un véritable régal !

Camille Laurens réussit parfaitement ce « jeu de miroir » qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Au-delà de ces liaisons dangereuses des temps modernes, de ce roman un peu fou et de cette manipulation magnifiquement orchestrée, Camille Laurens aborde avec profondeur et force le désir, l’importance du désir dans nos vies. Elle nous offre également un véritable discours humaniste et quelque peu féministe sur la condition de la femme après cinquante ans, sur cette violence sociétale faites aux femmes vieillissantes.

C’est un roman comme on en fait peu, léger d’apparence mais lourd de sens, captivant mais dérangeant, inquiétant mais parfois drôle où l’on ne sait plus dissocier le réel de l’imaginaire. C’est un livre gigogne, en quelques sortes, où s’entrechoquent les poupées russes.

L'un de mes passages favoris 
« La différence , c'est que tous les hommes ont un avenir. Toujours. Un à-venir. UN avenir sans nous. Les hommes meurent plus jeunes. Peut-être. Mais ils vivent plus longtemps. J'ai lu que sur les sites de rencontres, la frontière entre quarante-neuf et cinquante ans est pour les femmes le gouffre où elles s'abîment. À quarante-neuf ans, elles ont en moyenne quarante visites par semaine, à cinquante ans elles n'en ont plus que trois. Et pourtant, rien n'a changé, elles sont les mêmes, avec un an de plus. Vous connaissez le sketch, je ne sais plus qui, sur la date de péremption des boîtes de conserve : 'À consommer jusqu'au 25 mars 2014.' Mais qu'est-ce qui se passe donc au fond de cette boîte dans la nuit du 25 au 26 ? Nous les femmes, nous sommes toutes des boîtes de conserve. Du jour au lendemain, impropres à la consommation. »

Une lecture accompagnée de ...
Plusieurs tasses de café noir avec en fond sonore :
- Band of Horses et leur titre The Funeral
- The Verve et l’excellent Bitter Sweet Symphony
- Joga de Björk
- Shine a light de Banners

© Amandine

4 commentaires:

  1. Très bon roman... j'ai aimé les changements dans la narration et le style tout au long du roman.
    Très belle playlist d'accompagnement aussi (j'adore "Bitter Sweet Symphony")

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ta chronique m'avait effectivement donnée envie de l'acheter au plus vite et je partage ton avis, un excellent roman :-)
      Merci pour la playlist :-)

      Supprimer
  2. Il est dans ma PAL ! Il faut que je l'attaque !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @quaidesproses : j'ai hâte de connaître ton avis lorsque tu l'auras lu :-)

      Supprimer