mardi 22 décembre 2015

Le liseur du 6h27- Jean-Paul Didierlaurent






Le Liseur du 6h27 est le premier roman de Jean-Paul Didierlaurent, lauréat à deux reprises du fameux Prix Hemingway.


Le personnage, Guylain Vignolles, vit avec pour seul compagnon son poisson rouge Rouget de Lisle. Il mène une vie triste, monotone et est désabusé de son travail car Guylain travaille pour le Mange-Tout du papier, enfin le pilon des livres invendus quoi !

On ne le dit pas assez mais chaque année environ 500 millions de livres finissent au pilon. Même si mon côté écolo me rappelle que ces belles pages finissent en papier recyclé, quel gâchis ! Bref, on s’éloigne du sujet là. Alors vilain guignol (vous reconnaîtrez la contrepèterie) sauve quelques pauvres pages journalières rescapées de la vorace Zerstor 500 et apporte ainsi aux passagers du train de 6h27 quelques minutes de rêverie en leur faisant la lecture à haute voix. 

Son aventure de conteur sur rail va faire basculer sa vie grise et morose. Grâce à la rencontre de deux petites mamies rescapées d’une maison de retraite, il va s’improviser lecteur du club du troisième âge. En parallèle, il va découvrir dans le RER une clè USB contenant le journal intime d’une jeune femme qui va changer sa vie. Mais je m’arrête là pour ne pas vous dévoiler le contenu entier du livre.

Le moins que l’on puisse dire avec cette lecture, c’est que l’on baigne dans l’univers du livre! Le pilon est un thème peu souvent évoqué alors que c’est une industrie qui génère (malheureusement !) beaucoup d’argent. L’idée de faire revivre des fragments de romans voués aux oubliettes est bien trouvée. Loin d’être une activité solitaire, l’auteur démontre que la lecture crée du lien social et rassemble. A partir de quelques lignes, on invente et réinvente une histoire. On retrouve aussi dans l’écriture de Didierlaurent un style zolien : il décrit la Zestor et l’entreprise du pilonnage à la manière de la bête humaine. Le personnage d’Yvon aligne les alexandrins tels Charles Baudelaire dans les fleurs du Mal. Un brin humoristique, un brin mélancolique, l’écriture est facile et charmante. C'est un livre-plaisir à ne pas laisser sur la PAL!


"Peu importait le fond pour Guylain. Seul l'acte de lire revêtait de l'importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l'étouffait à l'approche de l'usine."

**Lectures complémentaires**
Pour rester dans l’univers du livre, je vous invite à découvrir quelques lectures complémentaires.
A bien des égards, le liseur du 6h27 m’a rappelé le pilon de Paul Desalmand, l’histoire d’un livre personnifié qui rencontre des lecteurs et discute avec d'autres livres dans les bibliothèques. J’ai également repensé aux livres d’Alberto Manguel et notamment la bibliothèque, la nuit. Le dernier livre de Pef intitulé petit éloge de la lecture est un régal pour les amoureux de la lecture. Dans un registre plus sombre, on peut également lire le liseur de Bernhard Schlink. 

**En écoutant et en buvant**
Take the « A » train de Duke Ellington
Theme from the eternal sunshine of the spotless mind de Jon Brion
Le tout accompagné d’un savoureux Klevener de Heiligenstein


©Emy


1 commentaire:

  1. Bofbof pour ma part, se lit très vite, mais sans grand intérêt à mes yeux ; à part le fait que j'avais envie de sauver tous ces petits livres de la destruction, j'aurais pu leurs faire un peu de place chez moi ! ;) =D

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