mardi 13 octobre 2015

Le quatrième mur - Sorj Chalandon

« Vous ne savez pas. Personne ne sait ce qu'est un massacre. On ne raconte que le sang des morts, jamais le rire des assassins. »


Le quatrième mur… ou comment se prendre une claque en pleine face ! Il est de ces livres qui vous bouleverse, vous soulève et dont on ne peut sortir indemne.


C’est l’histoire terrible de Georges, qui pour honorer la promesse faite à son ami juif mourant Samuel se rend à Beyrouth pour jouer l’Antigone d’Anouilh. La particularité de la pièce : elle sera jouée par des acteurs de plusieurs confessions religieuses pour symboliser la paix et la résistance dans un pays en guerre. Ô Utopie, douce folie, inaccessible espoir ! Ainsi chiites, sunnites, druzes, chrétiens et palestiniens se retrouvent autour d’une scène dans un décor en ruine. Créon, acteur chrétien condamne à mort Antigone, actrice palestinienne.
Alors que la guerre est à la porte du théâtre, Samuel se retrouve au cœur du conflit. Terrassé par la peur et l’effroi,  il va connaître l'horreur de la guerre, la violence des combats. Il reviendra en France mais ne sera plus le même, la guerre l’aura transformée.


**Mon avis**
Sorj Chalandon connait bien son sujet : en 1982, il sera l’un des premiers correspondants de guerre à pénétrer dans les camps palestiniens, à y découvrir l'horreur après les massacres de Sabra et Chatila et a en être bouleversé. Le quatrième mur est certes une fiction mais une grande part de vérité s’y cache (Georges est d’ailleurs le vrai prénom de l’auteur). De nombreux thèmes sont évoqués dans le quatrième mur : l’engagement politique, la fidélité, l’amitié, l’amour, la violence, la haine et la barbarie. Le lecteur est littéralement plongé au cœur du conflit grâce à la plume saisissante de l’auteur. C’est  superbe, juste, doux,  poignant, drôle et terrible à la fois. Un coup de poignard dans le cœur.

J’ai aimé le thème d’Antigone : ce chef-d’œuvre créé par Anouilh en pleine seconde guerre mondiale, malgré la censure nazie est magnifiquement revisité. On peut comprendre Antigone de plusieurs manières différentes mais c’est pour moi le symbole de la résistance, Antigone choisira la mort pour défendre ses convictions tout comme l’auteur choisit d’écrire pour se libérer.

**Passages appréciés**
"Le quatrième mur … Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains un remède contre le trac. Pour d’autres, la frontière du réel.".

**En écoutant**
L’album Balkan Honey and blood de Jordi Savall
Beirut de Yasmine Hamdan
Hashish d’Ibrahim Maalouf (l’album diaspora)

**En savourant**
Un bon repas libanais : houmous, baklawas, mezzés, falafels, arak… miam ! :-p

© Emy

2 commentaires:

  1. Encore un livre parmi tant d'autres qui est dans ma wishlist ! (même si le côté antigone me rend un peu sceptique)

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  2. Ce que j'aime avec le mythe d’Antigone c'est qu'il peut être interprété de plusieurs façons. Ici il reste en toile de fond si on peut dire.

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