Sorbonne Plage de Edouard Launet : de l’idéologie scientifique de l’Arcouest à l’holocauste d’Hiroshima

Paru aux éditions Stock - 213 pages

**Partenariat**

J’ai eu le plaisir de recevoir mon premier livre dans le cadre de l’opération Masse Critique Babelio en partenariat avec les éditions Stock (merci à eux). Une lecture qui me tardait de démarrer mais que j’appréhendais également de par sa thématique. Pour finalement en ressortir conquise.


En quelques mots

Edouard Launet est un journaliste scientifique et quoi de plus normal pour un journaliste scientifique que d’écrire un livre sur la science ?
Avec Sorbonne Plage, l’auteur nous emmène en Bretagne et plus précisément sur l’Arcouest où chaque année se rejoignent artistes et grands scientifiques nobelisés tels que Pierre et Marie Curie, Charles Seignobos, Jean Perrin, Louis Lapicque, Anatole Le Braz mais également leur descendance. Cette petite bourgade devient le théâtre, durant les quelques mois d’été, de têtes pensantes à l’apogée de leurs découvertes.

Tous ces grands noms de l’Histoire y font construire des résidences secondaires après être tombés en amour pour ce havre de paix. Ils s’y amusent en navigant, en créant des spectacles estivaux où chaque membre de cette grande famille a un rôle à jouer.
Le « groupe de l’Arcouest » ne se mêlent pas aux autres habitants à part le jeune Frédéric Joliot (gendre de Pierre et Marie Curie) qui venant d’un monde moins bourgeois se plaît à rencontrer les habitants et pêcheurs de l’île.


Humanistes socialistes, dreyfusards (voir même peu à peu communistes), tous sont convaincus que la science peut apporter à l’humanité une paix certaine, Pierre Curie dira « Je suis de ceux qui pensent, avec Nobel, que l'Humanité tirera plus de bien que de mal des découvertes nouvelles ». et il est bien dur de rentrer dans leur monde idéaliste.
Le reste de l’année, ils militent politiquement mais surtout ils travaillent avec acharnement sur les avancées scientifiques de l’uranium puis de l’atome.
Mais cette douce utopie virera au cauchemar dans les années d’après-guerre.

« L'Arcouest penche de plus en plus à gauche, toujours plus militante, avec une soif d'action grandissante, alors que, dans des labos, la course vers le noyau de l'atome s'accélère. Pour tout le groupe, la science et l'engagement politique vont de pair. »

Ces scientifiques si brillants ne se doutaient-ils pas du danger encouru par de telles découvertes ? N’ont-ils pas été précurseurs dans le domaine de la fission atomique ? Certains d’entre eux n’avaient-ils pas auguré la catastrophe qui se profilait ?   

C’est ce qu’Edouard Launet nous démontrera tout au long de ce récit très bien documenté par des témoignages ou l’étude de documents provenant parfois mêmes de ces Arcouestiens.
Comment ces physiciens ont-ils pu laisser la bombe atomique voir le jour ? La fierté d’une telle avancée sera-t-elle plus forte que le remord ?


Mon avis 



Si je dois admettre avoir été effrayée, dans un premier temps, à la lecture de la quatrième de couverture et des premiers pages, je dois également admettre que mon inquiétude s’est bien vite dissipée. Je ne suis pas une femme de sciences, je n’y connais d’ailleurs strictement rien et tout cela m’échappe (déjà les maths alors la physique et la science !), j’avais donc peur que ce récit soit indigeste pour mon pauvre petit cerveau novice. Et pourtant, il n’en est rien. Edouard Launet ne nous écrit pas des tartines de formules, ni de procédés physiques, juste le nécessaire pour que nous puissions comprendre cette fabuleuse et dramatique aventure à laquelle les plus grands scientifiques, physiciens et historiens ont été à l’origine.

Nous voyageons à travers des photos en noir et blanc, des souvenirs de vacances remplis d’insouciance sur cette presqu’île. L’auteur nous plante le décor de ces avancées et nous distille peu à peu les prémices de cet holocauste que la bombe atomique provoquera sur Hiroshima. 

« La science pensée comme force libératrice alliée aux belles lettres et au socialisme va bientôt apparaître pour ce qu'elle est : une illusion. »

Le récit nous offre de belles lignes : la plume d’Edouard Launet se fait à la fois poétique et scientifique mais jamais le lecteur n’est noyé dans les explications. Et j’ai trouvé que c’était réellement un point fort pour cet ouvrage. On vogue entre deux époques celles des ancêtres (Pierre et Marie Curie) et celle de la relève, celle de la première guerre et celle de la seconde, entre la France et les Etats-Unis. 



Quelle ironie d’apprendre que tous militaient pour la paix, tous étaient humanistes voir même anti-armes nucléaires. Tous étaient bercés d’idéalisme et pourtant leurs travaux ont servi à créer une arme de destruction massive alors qu’ils étaient conscients des dangers de telles découvertes. 

Sans parler de la dernière partie où l’auteur aborde la culpabilité qui a rongé ces chercheurs et universitaires après l’explosion. Où il nous emmène au Japon pour nous retracer l’horreur vécue par les habitants d’Hiroshima. Rien n’est laissé au hasard et la douleur qui s’en dégage parvient à nous glacer le sang.

J’ai aimé l’écriture fluide, les paysages, et j’ai adoré rentrer dans l’intimité de ces physiciens, en apprendre davantage sur ses illustres personnages et sur leur vision du monde. 
Je ne pense pas que ce type de récit puisse être un coup de cœur néanmoins c’est une très belle découverte qui nous en apprend davantage sur les avancées scientifiques et leurs dérives.

« [...] j'ai fini par comprendre moi aussi que, lorsqu'elle devient une idéologie, la science n'est au bout du compte qu'un totalitarisme comme les autres, comme les utopies politiques, comme les religions. Que, lorsqu'elle devient un objectif révolutionnaire, elle n'a plus rien d'un humanisme. »


Pour aller plus loin

Voici ce que dit l'éditeur à propos de Sorbonne Plage :

Au début du siècle dernier, des universitaires parisiens prennent leurs quartiers d’été sur la presqu’île de l’Arcouest, un joli coin de Bretagne. Ils y pêchent, se baignent, naviguent en famille. Le reste de l’année, ils mènent des combats politiques et scientifiques : dreyfusisme, pacifisme, rationalisme, antifascisme…et recherche atomique. Dans le groupe de l’Arcouest, aussi surnommé « Sorbonne Plage », quatre prix Nobel – Marie Curie, Jean Perrin, Frédéric et Irène Joliot-Curie – seront à deux doigts de prouver qu’une énergie formidable peut être extraite de l’infiniment petit pour être mise au service de l’humanité. Les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki feront s’effondrer le rêve de ces idéalistes ainsi que notre foi sans bornes en la science. Tout en nous faisant découvrir cette histoire humaine et scientifique hors norme, Édouard Launet nous raconte aussi celle, plus dramatique, de la bombe atomique, aventure intellectuelle autant que politique.

Paru en mai 2016 au prix de 18€. 

© Amandine

Commentaires

  1. Je me dis pourquoi pas ! Il a l'air super intéressant !

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    1. Il l'est ! J'avais vraiment peur au départ de ne rien comprendre et finalement ce fut vraiment une super découverte qui m'a fait sortir de mes lectures habituelles.

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  2. Comme je te l'avais dit sur IG, j'avais hyper envie de le recevoir... et là d'autant plus !

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    1. Reviens sur Lille, je te le prête :p
      Si tu as l'occasion de le lire je pense qu'il te plaira :)

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