mardi 10 mai 2016

Procès du grille-pain et autres objets qui nous tapent sur les nerfs de Charles Haquet & Bernard Lalanne : du déjà lu ?

Lu chez Folio - 208 pages paru en avril 2016

**Partenariat**

J’ai eu l’occasion de recevoir ce livre dans le cadre des partenariats Livraddict. Merci à eux et aux éditions Gallimard/Folio pour cette très chouette découverte.



4ème de couverture

Charles Haquet et Bernard Lalanne passent en revue 50 objets usuels et nous démontrent, cas pratiques à l’appui, le bien-fondé de ce livre cocasse et décalé.

«En cet âge orwellien, où l'on annonce pour demain 80 milliards d'objets connectés, il est certes anachronique d'avoir encore à lutter contre un parapluie ombrageux ou une boîte de sardines récalcitrante. Mais d'un autre côté, c'est plutôt rassurant.» Au détour de l'inévitable rideau de douche qui colle à la peau, on apprendra comment Hitchcock s'y est pris pour traumatiser des générations entières de spectateurs. Le composteur à billets, les chaînes à neige, le GPS, la housse de couette... «Ils n'ont pas fini de nous en faire baver.»



Mon avis

Qui n’a jamais râlé sur un objet du quotidien ? Avouez-le … Moi la première ! Avec les injures qui vont avec bien évidemment (je suis d’une vulgarité si vous saviez … :p)Au sein de ce recueil, Charles Haquet et Bernard Lalanne dénoncent, et font venir sur le banc des accusés chaise longue, mini-doses, notice Ikea, film alimentaire et autres objets utiles mais un brin casse-pieds, et autant vous dire qu’ils ne s’en sortiront pas indemnes. Et c’est drôle, très drôle !

« 196 pages, c’est pas un peu beaucoup ? » me direz-vous. Et bien je ne pense pas en tout cas je ne me suis pas lassée une seule fois de ces récits abracadabrantesques et pour cause, Charles Haquet et Bernard Lalanne ont le don de nous raconter ces anecdotes sous diverses formes : plaidoyer, avis de disparation ou encore réclamations clients bref de quoi ajouter de l’originalité à l’humour. Un humour d’ailleurs ni lourd ni facile, ponctué de jeux de mots et de subtilité, presque chaque page nous arrache un rictus si ce n’est un rire franc. Je n’ai d’ailleurs pu m’empêcher d’envoyer une capture de page à un ami qui travaille chez Dyson (ah les fameux sèche-mains à air propulsé …)
Et la critique ne s’arrête pas là car les quatre mains ne se privent pas non plus de mettre en lumière des aberrations liées à la commercialisation de ces objets : stratégie marketing, lobbying, objets plus coûteux, moins pratiques ou encore plus polluants.

Tiré du rouleau adhésif : « L’expression "tenir le bon bout" prend tout son sens quand se produit soudain un accident bête : pour une raison inconnue, le ruban se fend, part en biais, nous laissant dans la main une misérable pointe parfaitement inutile ! »

De plus, le travail est recherché, au-delà de l’humour fin mais extravagant, j’ai senti le plaisir que les auteurs avaient dû prendre en fouinant sur les forums et autres sites pour nous dénicher quelques pépites qui valent leur pesant de cacahuètes. Toujours agrémenté d’une référence littéraire semée au gré des chapitres, cela rend le cocktail d’autant plus interpellant et plaisant.

On s’identifie très souvent aux situations cocasses ou énervantes décrites au fil des chapitres.
J’ai explosé de rire en lisant le chapitre sur la housse de couette (dont vous trouverez un extrait ci-dessous) - imaginez-moi le livre me servant de cachette et ma petite voix intérieure disant « je pense que tu as été repérée ! ». - 
Sans parler du chapitre sur la notice Ikea composé uniquement d’une tirade poétique hilarante qui n’est autre que la revisite de l’acte 1, scène 4 du Cid de Corneille (celle-ci je vous laisse la découvrir lors de la lecture).

Tiré de La housse de couette :  « Pour atteindre les coins, certains poussent le courage jusqu’à s’introduire entièrement dans la housse suivant la technique du furet. C’est périlleux, sans compter qu’il ne faut pas être pnigophobe ; »

Bref vous l’aurez compris j'ai été conquise par ce recueil quelque peu incongru. Petit bémol tout de même (sinon ce n’est pas drôle …) : bien que les objets soient particulièrement bien trouvés et que l’on partage la plupart du temps l’analyse des auteurs, j’ai trouvé parfois dommage, sur certains chapitres, de voir l’objet principal dévié sur un autre. Certes, il s’en rapproche mais cela m'a quelque peu gâché le plaisir et donné le sentiment que les auteurs n’avaient pas assez de matière sur l’objet en question pour lui en consacrer un zoom complet.


Procès du grille-pain, un remake de (Nouvelles) Mythologies ?

 
A gauche : Roland Barthes  Mythologies
A droite : Jérôme Garcin Nouvelles Mythologies
En entamant ce nectar burlesque j’ai tout de suite pensé à Roland Barthes avec son très célèbre Mythologies paru en 1957 aux éditions du Seuil (à lire une fois dans sa vie, c’est brillant !) et plus récemment son successeur, collectif sous la direction de Jérôme Garcin Nouvelles Mythologies (paru en 2007 aux éditions du Seuil également) qui fait le portrait de toutes ces nouveautés des années 2000. J’ai donc décidé de relire ce dernier dans la foulée pour un petit comparatif. 


Alors verdict ? 

Tout d’abord il est très clair que la forme est la même : Nouvelles mythologies se découpe également en mini chapitres consacrés aux objets mais pas que : sont aussi mis en lumière les modes (SMS, botox …), les hommes et femmes des années 2000 (Michel Houellebecq, Zidane, Kate Moss, Emmanuelle Béart) ou encore les effets de société (le déclinisme, les bobos et j’en passe). Je n’ai pu m’empêcher d’y trouver des similitudes frappantes notamment le zoom sur « le GPS » ou encore « le grand cabas de fille » abordés dans les deux ouvrages. Néanmoins la comparaison s’arrêtera là car la critique se veut plus dure et l’humour plus cynique. 

Procès du grille-pain et autres objets qui nous tapent sur les nerfs est un livre tourné sur l’humour et le ridicule bien qu’il dénonce à travers cela nombre d’effets de mode et d’opérations marketing, là où Nouvelles Mythologies est davantage une satire de la société et des effets de mode auxquels la plupart des gens adhéraient (le syndrome du mouton). La différenciation est subtile mais bien présente.

Ils sont cependant tous deux intemporels et j’ai pris beaucoup de plaisir à relire cet ouvrage de 2007 me faisant la réflexion que finalement peu de choses avaient changé.


© Amandine

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