La chair de Rosa Montero : désir et amour d’une sexagénaire

Rosa Montero
Paru en janvier 2017 aux éditions Métailié
196 pages


Quelle meilleure période pour vous parler d’un roman d’amour que celle de la Saint Valentin ? Ne vous m’éprenez pas, il ne s’agit pas d’un roman niais et fleur bleue. Lisez plutôt...


Soledad est une sexagénaire, spécialiste en histoire de l’art, conférencière, organisatrice d’expositions. Une femme dynamique et élégante, le genre de femme qu’on rêverait d’être à soixante ans. Sans enfant, elle mène une vie plutôt solitaire. 
Elle a un penchant pour les hommes plus jeunes et souvent les hommes mariés, ceux qu’on ne peut rencontrer qu’en journée, ceux avec lesquels on ne peut jamais passer une nuit entière. Ainsi, Soledad entretenait une relation avec Mario, un quadragénaire marié, qui décide de la quitter pour retrouver sa femme enceinte.
Elle se réfugie dans le travail et l’organisation de sa nouvelle exposition autour des écrivains maudits. Mais voilà, le temps se joue d’elle, et Soledad commence peu à peu à trembler face à ce corps qui change, ces rides qui s’intensifient. Et puis elle n’arrive pas à oublier cet ex-amant. Rongé par la jalousie, elle décide d’engager un escort boy, Adam, le temps d’une soirée, juste pour que Mario la voie à son bras. 

Ce qui ne devait être qu’une soirée à l’opéra prend une toute autre tournure lorsqu’à la fin de la représentation, sur le chemin du retour, Soledad et Adam sont témoins d’une agression violente. Cet événement inattendu va les entraîner dans une étrange relation à la fois passionnelle et troublante. Très rapidement, allant contre sa raison, Soledad va plonger à corps perdu dans cette relation sensuelle mais aussi financière.

Rosa Montero

A travers ce roman Rosa Montero met le doigt sur cette peur de vieillir, sur le regard des autres face à une femme de cet âge qui n’a pas d’attache sentimentale, sur la solitude qui peut accompagner une femme qui n’a pas construit de vie de famille. Rapidement on se demande pourquoi, pourquoi cette femme belle, intelligente et cultivée est célibataire. C’est alors que l’auteure remonte dans le passé de Soledad pour nous conter cette enfance malheureuse, cet abandon du père, cette sœur jumelle, Dolores, internée en psychiatrie. Peu à peu le puzzle se constitue et le lecteur s’immisce dans la peau si éveillée encore de Soledad, ce prénom qu’elle porte si bien. 

Rosa Montero


En nous entraînant dans la vie tumultueuse de son héroïne ainsi que dans ces multitudes d’exemples d’écrivains et surtout d’écrivain(e)s maudit(e)s, Rosa Montero fait la lumière sur toutes les disparités hommes-femmes autour de l’amour, autour du corps. 
Et en parlant d’artistes maudits, ce roman est d’une richesse culturelle incroyable. On découvrira l’abîme du désamour sous toutes ses formes : de l’abandon du père avec Maupassant, au néant sentimental avec Maria Lejáragga en passant par la folie et la jalousie avec William Burroughs qui se sera mutilé ou encore Maria Luisa Bombal qui tuera (et j’en passe). 
Ici, l’analyse de l’amour obsessionnel et animal embarque le lecteur dans une tornade captivante, déstabilisante, et - je ne peux vous en dire plus - mais parfois même effrayante. 
Tornade qui retombe quelque peu avec cette intrusion narrative du personnage de Rosa Montero dans le roman, une présence succincte sans grand intérêt, qui a même tendance à gâcher l’effet général du roman. Dommage. 

Faisons néanmoins abstraction de ce détail et laissons-nous porter par l’amour charnel, sensuel que nous propose La chair, car il vaut réellement la peine qu’on s’y attarde. 

Rosa Montero

Commentaires

  1. Celui là s'il sort en poche je me le procurerai je pense, ce sont des sujets qui me touchent particulièrement en tout cas.

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    1. Et c'est un roman à la thématique peu abordée je trouve. Il vaut le coup qu'on s'y attarde je trouve.

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