Une bouche sans personne de Gilles Marchand : les montagnes russes des émotions

Gilles Marchand
Paru en août 2016 aux éditions Aux Forges du Vulcain
282 pages

Je vous l’annonce, ce livre est une pépite. Il fait assurément parti de mon top 3 de cette rentrée littéraire. Je vous ordonnerai presque de foncer en librairie l’acheter mais avant cela je vais tenter de vous convaincre.


En quelques mots 

Comptable plutôt solitaire, le héros de Gilles Marchand rejoint néanmoins chaque soir ses trois amis dans un bar. Et ils ont beau être ses compagnons de soirée, Sam, Thomas et Lisa ne savent pas grand-chose sur lui et sur sa vie. La seule chose qu’ils savent c’est qu’il porte une écharpe qui dissimule une partie de son visage et plus précisément sa bouche. Que cache cette écharpe ? Une cicatrice … Certainement le poids du passé. 
Il décide alors un jour d’ouvrir son cœur et de libérer la douleur qui l’accompagne depuis tant d’années.

« C’était la première fois que je voyais la mer. Je m’étais préparé à l’immensité, à l’infini et à tout ce que l’on peut lire sur l’océan. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est l’odeur et le bruit. Le bruit surtout. Je ne connaissais pas ce mélange de sons : celui des vagues, de l’eau qui fait crisser le sable, des oiseaux qui n’ont rien d’autre à faire que crier et se laisser planer. L’odeur de la vase, du sel. Et le vent. Le vent incroyable qui passe, décoiffe et ne s’arrête jamais. »






Avant de reprendre l’histoire que nous conte (oui car c’est un conteur) Gilles Marchand, je voudrais revenir sur le titre de ce roman Une bouche sans personne : un titre très mystérieux et attirant, en plus d’être très joli. Si on ne lit pas la 4ème de couverture, on peut s’attendre à beaucoup de choses mais certainement pas à ce que contient ce superbe roman, qui est encore plus surprenant.

Ainsi l'auteur nous dessine la vie de cet homme, dont on ignore le nom mais dont on sait dès le départ qu’il a été cabossé par la vie. Le roman démarre d’ailleurs sur cette superbe phrase « J’ai un poème et une cicatrice. » de quoi susciter davantage l’intérêt et la curiosité de la lectrice que je suis. 
Un soir donc, cet homme mystérieux, décide, non sans se faire violence, de livrer son passé à ses amis : Thomas, un romancier et père d’enfants qu’il n’a jamais eus, Lisa, dont il est amoureux en secret et Sam, qui reçoit des lettres de sa mère décédée. 
Il va tellement captiver son auditoire que soir après soir, c’est tout un public qui va venir l’écouter parler de Pierre-Jean, son grand-père, et de ses souvenirs. Mais son plus grand secret il le garde pour ses trois compagnons de route. 
A mesure que le récit avance, la fantaisie vient s’immiscer dans la gravité des événements que l’on sent arriver. Ainsi, on y rencontre un éléphant qui se dégonfle, une mouche danseuse de cha cha cha, des soldats de plombs gardiens d’une tranchée d’ordures. Bref tout un monde fantastique qui vient embellir le quotidien, comme Pierre-Jean lui a appris. Et puis… il y a la blessure qui nous bouleverse et fait flancher nos yeux. 

« A travers eux, mon histoire devient une histoire. C’est peut-être ce dont j’avais besoin pour avancer. Je ne suis plus qu’une bouche, une espèce de lien avec un autre temps qui se dépossède de ce qu’il a sur le cœur. Mon histoire leur appartient et se mêle à leurs propres souvenirs. Chacun en fera ce qu’il voudra, chacun a son propre Pierre-Jean qui entre en résonance avec le mien.»

J’ai été attendrie par l’histoire de ce personnage, par ce lien indéfectible avec son grand-père et par cette bande d’amis, présente depuis dix ans. On est forcément rappelé à ses propres souvenirs, on a envie de prendre son téléphone, d’appeler les copains et d’aller boire un café allongé au whisky. 
L’auteur a réellement la plume d’un conteur, c’est doux, c’est poétique et sans violence. Son écriture est bienveillante, toujours, à la fois pour ses personnages mais aussi pour son lecteur. 
Il y développe la peur, la solitude et la souffrance physique et psychologique. Il y aborde des thématiques fortes comme la différence, le regard des autres et leur violence parfois, véritable reflet de la société. Que ce soit à cette époque ou à la nôtre, rien n’a changé, le regard des autres est toujours un immense poids.

Personnellement, durant toute ma lecture j’ai eu l’impression d’être sur des montagnes russes, des montagnes russes d’émotions. Gilles Marchand a réussi la prouesse de m’émouvoir tout en m’enchantant.

A travers ce premier roman, il nous souffle une grande bouffée de vie mêlant comique de l’absurde et blessures enfouies, le tout enrobé de valeurs familiales, d’amitié et d’amour sous toutes ses formes. Une bouche sans personne c’est un cocktail à la fois doux et acidulé à mettre entre toutes les mains.

Vous avez encore un doute après cela ? Virginie des Lectures du mouton finira de vous convaincre avec sa chronique ici

Commentaires

  1. Ta chronique est vraiment belle ! Ça m'a rappelée ma lecture :)
    Et tu as tout à fait raison en parlant de "montagnes russes" !

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  2. Très belle chronique pour un roman tellement formidable !
    Oui c'est un conteur, un vrai de vrai et ça fait un bien fou des auteurs comme lui !

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    1. Merci miss. Oh oui un bien fou, ça permet de dédramatiser certaines choses malgré la difficulté. Ça donne envie de voir la vie autrement.

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  3. Superbe chronique qui donne envie de lire ce livre ! Il fera partie de mes prochaines lectures.

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