Petit pays de Gaël Faye : quand un premier roman vous bouleverse

Gaël Faye
Lu via NetGalley - Paru aux éditions Grasset
224 pages


Il est de ces romans qui vous attirent comme des aimants. Avant même que Petit pays rencontre le succès qu’on lui connaît aujourd’hui, mes yeux s’étaient arrêtés sur lui. Premier roman mais surtout gros coup de cœur que je vous conseille sans attendre.
Je remercie vivement les éditions Grasset et NetGalley pour cette merveilleuse découverte.


En quelques mots

Tout démarre avec des souvenirs d’enfance, les jeux d’enfants et l’innocence. Gabriel est un jeune garçon de dix ans vivant au Burundi, d’un père français et d’une mère rwandaise qui a quitté son pays suite au massacre de 1963. Il a une enfance heureuse et confortable. Au Burundi les ethnies Tutsis (Gaby est Tutsi) et Hutus vivent ensemble mais non sans un certain mépris. Mais les histoires de grandes personnes n’entachent pas l’innocence de Gaby et ses amis. Ensemble, ils passent le plus clair de leur temps dans l’impasse où ils vivent et volent quelques mangues dans les jardins pour se faire un peu d’argent.
Et puis un jour tout éclate et Gabriel devient grand bien avant l’âge …

« Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai découvert l’antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d’un camp ou d’un autre. »

Mon avis


Dès les premières lignes on ressent le flow de ce rappeur qu’est Gaël Faye. Le rythme est fluide, le débit rapide. On est ainsi transporté dans la vie de Gaby, on vit avec lui chaque souvenir comme-ci nous étions là derrière lui à observer toutes ces joies de l’enfance, le sourire aux lèvres. 

« Toujours à plaisanter, à chahuter, à nous chatouiller sous les bras et à embrasser Maman dans le cou pour l’embêter. Et quand il riait, Alphonse, la joie repeignait les murs du petit salon de Mamie. »


Et puis vient l’instant où tout bascule, peu à peu le tableau s’assombrit et l’on comprend que Gaby ne pourra plus fermer les yeux sur cette haine qui monte peu à peu au Rwanda puis au Burundi. Malgré des élections présidentielles démocratiques - une première dans le pays bien que nous soyons en 1993 - qui donnent un nouveau souffle, le pays continue de se diviser, la violence monte entre ces deux ethnies. Et pour quelles raisons ? Un nez différent ? L’absurdité de cette haine est très largement mise en avant par l’auteur à travers les yeux de Gaby. On a la sensation qu’il est l’un des seuls à être lucide sur toute cette folie de l’Homme. Alors comment survivre au milieu de toute cette cruauté ? En continuant de croire en la bonté des gens et notamment grâce à une certaine Madame Economopoulos qui lui fera découvrir la littérature. Gaby va ainsi se construire une forteresse dont les murs sont faits de romans

C’est sans aucune animosité que Gaël Faye nous conte l’histoire de son petit pays. Il pose là, sur le papier, simplement la triste réalité d’une abomination. Il décrit avec une certaine bienveillance le changement de comportement de ses amis, de sa famille. C’est sans rancune, qu’il couche à travers ses lignes l’abandon du reste du monde face à une situation qui dégénère chaque jour un peu plus. Et c’est également en cela que le roman de Gaël Faye est merveilleux car malgré la dureté et la violence, on ressent tout l’attachement qu’il porte à ses origines, aux Tutsis, aux Hutus. Si la haine l’a emporté au sein de ce peuple, les cœurs de l’auteur et de son personnage restent quant à eux débordants d’amour. 

« Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur. Le jour d’après ? Regarde-le. Il est là. A massacrer les espoirs, à rendre l’horizon vain, à froisser les rêves. » 

Ce qui m’a le plus troublé et me trouble encore aujourd’hui c’est cette cohabitation entre la violence et la douceur. Cette guerre est dure, sans fondements, incompréhensible et pourtant Gaël Faye, par sa façon d’écrire, apporte à tout cela une douceur infinie. Bien sûr pas sur les événements mais sur son pays et ce peuple qu’il aime malgré tout, malgré cette folie. Un roman pour ne pas oublier ce génocide abominable, cette violence déferlante. Un roman pour rappeler que l’horreur est humaine. Un roman poétique, un roman violent mais la violence n’exclut pas la poésie et ça Gaël l’a bien compris.
Et lorsqu’on écoute parler l’auteur cette douceur prend tout son sens. Bref, Gaël Faye transporte tant à l’écrit qu’à l’ouïe.

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie ». 

Je ne peux que vous conseiller, de foncer en librairie acheter cette petite pépite qui a très justement reçu le prix du roman FNAC. Oh et surtout écoutez son album Pili Pili sur un croissant au beurre, superbe également ! En fait, Gaël Faye d’une manière ou d’une autre est à découvrir !

Commentaires

  1. Il me tente bien aussi celui-ci, cette rentrée littéraire est pleine de belles choses... Et j'ai pas assez de temps :'(

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    1. Comme je te comprends pour le temps. C'est vrai que c'est une chouette rentrée littéraire avec beaucoup de belles découvertes

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  2. Celui-ci, je crois que je ne le laisserai pas passer...

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  3. Un livre qui m'a beaucoup chamboulée également; Je pense qu'on ne peut pas y rester insensible.. C'est si fort.

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