Les enfants de l'ombre et autres nouvelles - René Barjavel

René Barjavel
Collection Folio 2€ - 112 pages

Voici un livre petit par sa taille mais grand par les messages délivrés qui m’a fait sans conteste sortir de mes sentiers battus.
Ce livre tout droit sorti de la collection Folio 2€ reprend trois nouvelles de René Barjavel extraites de son recueil Le prince blessé.


Lumière sur une œuvre éclairée de vérité …



4ème de couverture 
Un prince paré de toutes les vertus désespéré par un chagrin d’amour ; une petite ville thermale dont les zélés citoyens, dévoués au profit, s’ennuient à mourir ; un groupe de survivants réchappés d’une guerre nucléaire à la recherche d’un nouvel Éden… Issus de tous les horizons, les personnages de Barjavel portent « en eux le regret des ans où ils étaient des enfants aux yeux clairs, où la réalité visible ne bornait pas leur univers, où toutes les aventures étaient possibles ». 

Trois nouvelles pour réenchanter un monde meurtri par la folie des hommes, pour renouer avec la magie de l’esprit d’enfance.



Mon avis
C’est un ouvrage plein de force, fantastique, poétique et futuriste à la fois qui se décompose en trois nouvelles.

Plongeons directement dans une caricature des contes orientaux avec Le prince blessé
Un jeune prince arabe est envoyé en France, sous la surveillance de son bon génie, pour parfaire son apprentissage et notamment celui des femmes. Mais ce qui ne devait pas arriver, arriva : le prince tombe alors éperdument amoureux d’une jeune actrice qui lui brisera le cœur. De retour dans son pays, le prince sombre dans la souffrance. Il n’apprécie plus ni la beauté du monde, ni la beauté des femmes, ni le chant des oiseaux, ni le goût des mets préparés. Son père, le roi va alors décider de le punir d’une bien cruelle façon…
Une fois démuni de tout ce qui lui est utile pour s’émerveiller du monde, le prince va enfin prendre conscience de la beauté de ce qui l’entoure et ainsi devenir un homme.

« La seule souffrance que ressentait Ali résidait à l’intérieur de lui-même : c’était le déchirement de l’absence de Pauline. Le monde qu’il ne pouvait plus voir, ni entendre, ni sentir, ni goûter ne lui manquait pas. Il l’avait déjà perdu en perdant la joie de le connaître, et en remplaçant l’élan universel par un seul regret.»

Partons cette fois vers le récit fantastique avec Les enfants de l’ombre.
Les Bisons, habitants du petit village de Chussy, s’ennuient pratiquement toute l’année sauf lors de la période estivale lorsque les voyageurs viennent profiter des bienfaits miraculeux de l’eau gazeuse.
Jusqu’au jour où les éléments se déchaînent, la tempête fait rage et un monstre surprend un habitant. La peur envahit alors les maisons et ses occupants. Ni une ni deux, le responsable du village ayant bien trop peur de perdre sa place va créer une armée pour mener cette chasse au monstre. Bruit sourd … Cri de souffrance … Le monstre serait-il touché ? Une petite fille nommée Genête, pour la plupart du temps terrée dans le noir, consciente de la stupidité des hommes va aller à la rencontre de ce soi-disant monstre.

« Elle hocha la tête et dit : « tu vois, comme ils sont … ». Elle voulait parler des hommes, et de tout ce qu’ils ont oublié en croyant apprendre, et de la peur et de l’ennui qui les rendent cruels.»

Terminons sur une note de pure science-fiction post et pré-apocalyptique avec Béni soit l’atome qui nous emmène à la conquête du monde et de l’univers.
Un peuple dont personne ne se soucie décide d’attaquer à l’arme atomique tous les pays. Si bien que les seuls survivants seront les passagers de quelques stratobus. Décidés à construire un monde où la paix et le bien-être régneront ils partent à la conquête de plusieurs planètes et bientôt galaxie. Mais l’homme, libéré de l'esclavage du travail, s’ennuie et la nostalgie des temps passés refait surface. Ainsi, la guerre éclate, l’humanité et les systèmes solaires sont mis en péril par le seul fait des hommes et de leur bêtise.

« […] c’est le système solaire entier qui sautera, comme un simple atome, et fera sauter les systèmes solaires voisins, par désintégration en chaîne. C’est l’univers entier ! c’est l’infini ! c’est Dieu lui-même ! qui sont menacés de disparaître en une épouvantable, inimaginable flamme. C’est l’homme qui l’aura voulu. J’ai peur. Je suis fier d’être un homme. »

René Barjavel, dans cet ouvrage nous transporte dans des univers farfelus et à la fois proche de nous. On ne peut s’empêcher de penser à notre propre société et civilisation où le pouvoir doit être toujours plus grand, où la bêtise et la vanité régissent bien trop souvent notre monde jusqu’à en détruire ce que l’homme a de plus précieux : la Terre et ses espèces mais aussi sa propre humanité.

L’auteur met dans ces trois nouvelles beaucoup de poésie. J’ai été transporté par les paysages, les saveurs, les personnages. 
D'ailleurs Les enfants de l’ombre m’a particulièrement touché : bien qu’elle n’arrive qu’en toute fin de l’histoire, j’ai trouvé Genête si attachante, si pure et en même temps si lucide, bien plus réfléchie que les Hommes ; comme un reflet de la conscience des enfants face au monde des adultes.

Beaucoup plus moderne et moins subtil que les contes philosophiques que nous avons pu étudier au lycée, Les enfants de l’ombre et autres nouvelles n’en reste pas moins un joli recueil à découvrir.


© Amandine

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